Les gouttes d'eau salées s'épanchent sur le sol sec du promontoire minéral qui domine la falaise. Nourrissant la terre, creusant de doux sillons dans la poussière, lentement, un cercle de
peine s'esquisse, ses douloureuses créatrices brillant à la lumière mourante du sous-bois avant de le rejoindre.
La terre s'écarte, se fend, laisse le passage à un délicat écrin de velours végétal, porté par une tige couleur de mousse. Le cocon grimpe, les perles tombent une à une telle la
pluie des origines, sans que nul ne la voie, pas même la source embuée.
Puis, doucement, un à un les pétales s'écartent. D'abord le pourpre, puis le vert, le bleu, le jaune, le violet, enfin l'orange, le rose, la Vie.
La lumière a quitté le paysage. Seule subsiste la clairière, baignée dans la lueur de la flore nubile.
Et, au sein de cette fragilité végétale, une silhouette s'éveille. Ses ailes se tournent vers la Lune montante, ses cheveux roux brillant de rosée recouvrent son corps, rempart
de soie contre la fraîcheur et les regards.
Ses paupières s'ouvrent prudemment et ses yeux regardent l'homme qui pleure à genoux, regardent l'homme qui serre contre lui l'éternité de jadis, son rêve éteint.
Alors, la Fae s'élève dans la sylve, et son ombre se dessine un instant sous la Gibbeuse. Le temps d'une larme, elle est partie.
Au matin, on ne trouvera qu'un corps dans le vent d'automne, bercé par le cri de la corneille.
Pendant que, au fond du monde, loin des hommes et des machines, Faerie danse sur fond de Lune.
Merci à Christelle pour la splendide illustration !
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