Partager l'article ! Sun Wu Zhou: Zhou est un Chinois né au pied du Wudang Shan, les montagnes de Wudang. L’isolement de son village natal a poussé les parents ...
Zhou est un Chinois né au pied du Wudang Shan, les montagnes de Wudang. L’isolement de son village natal a poussé les parents du jeune Zhou à confier son éducation à une série de précepteurs privés (la famille était riche mais préférait que le garçon soit éduqué auprès de ses parents plutôt qu’à la ville). Parmi ces précepteurs figurait Li Kao Zi (maître Li Kao), un « sage avec un léger défaut de personnalité » comme il se plaisait à le dire lui-même : un homme vénérable par l’âge (il a dépassé allégrement les 120 ans en restant capable de piquer un 100m correct en cas d’ennui) et par ses connaissances (il a été élu premier lettré de Chine mais a été déchu de ce prestigieux statut sur les recommandations de l’Auguste Prêtre de l’ancienne cour impériale) mais aussi passablement farfelu, aimant l’alcool, les mystères et (quand il retrouve ses 90 ans) les femmes.
Sous la houlette de ses précepteurs, Zhou apprit l’anglais, les sciences, les Classiques et les Arts Martiaux. En compagnie de Maître Li Kao, le jeune homme partit sur les routes et apprit à reconnaître un bon restaurant d’un mauvais, une maison de thé d’un bordel, un sage d’un charlatan et comment soutirer une forte somme d’argent à un quidam quelconque à l’aide d’une chèvre, d’une voiture de luxe et d’un tas d’ordures. Ils se retirèrent dans un village et y élevèrent des vers à soie en pillant la bibliothèque du temple bouddhiste voisin. Ils participèrent à la tournée d’une famille de marionnettistes. Ils se mirent en quête de la Grande Racine de Puissance, un spécimen de ginseng particulièrement puissant dont ils avaient besoin pour guérir les enfants d’une ville. On dit même (mais les détails et souvenirs sont plus que flous dans l’esprit de Zhou, parce qu’ils étaient ivres la moitié du temps) qu’ils auraient retrouvés des antiquités ayant appartenu au Huit Honorables Magiciens (aussi appelés Huit Immortels) et aidé une déesse changée en mortelle amnésique à retrouver son mari divin et à rejoindre les Cieux. Accessoirement, ils devinrent incroyablement riches en vendant à des marins portugais de Macao des actions dans une imaginaire mine de moutarde, mais cet argent disparut en à peine deux jours de bombance à faire pâlir les plus acharnés des fêtards.
Bien entendu, ces années d’errance correspondaient à la période durant laquelle Zhou aurait dû réussir brillamment en fac de commerce. Lorsque ses parents apprirent à quoi le jeune homme avait occupé son temps, ils le déshéritèrent et tentèrent d’intenter un procès à Maître Li Kao (mais sans grand succès : un homme dont la rumeur dit que l’Auguste Empereur de Jade le bénira quand il aura accumulé suffisamment de foudre ne perd pas un procès contre un simple mortel). Aussi Zhou et son maître et ami quittèrent-ils la Chine pour gagner l’Occident, mettant à profit toute leur astuce et leur joie de vivre pour se tirer des mauvais pas. De combats illégaux en bonto clandestin, ils finirent par se spécialiser dans les activités mystiques, appliquant ce qu’ils savaient du Tao, des flux du Chi, du Yin et du Yang, des cinq éléments, de l’acuponcture, de l’herboristerie et du Livre des Mutations pour se constituer une clientèle de riches bobos plus ou moins gogos que leurs soins, leurs conseils originaux et leurs personnalités hors du commun leur a attirée, suffisamment pour qu’ils puissent vivre un peu moins que chichement. Sans compter que la communauté chinoise locale est plus que contente d’avoir de vrais Fangshi capables de performer les rites, d’améliorer le feng shui de leurs demeures ou lieux de travail et de restaurer les flux du Chi dans les corps malades. Depuis un an, ils ont en outre recruté un petit groupe de disciples plus ou moins dévoués qui les assistent dans leurs différentes tâches.
C’est alors qu’ils pratiquaient un rituel de fumigation pour chasser les esprits de la maladie qui tourmentaient une jeune femme que la fenêtre de la chambre où ils officiaient a explosé, livrant le passage à une magnifique femelle orang-outan poursuivie par une bande d’agents de la fourrière. L’orang-outan s’étant perché agilement sur les épaules de Zhou, il finit par convaincre les hommes que le s… (pardon, l’anthropoïde) lui appartenait et qu’il avait un permis parce qu’il possédait un zoo privé dont, il l’admettait volontiers, la sécurité laissait à désirer. L’orang-outan était en fait Chi-Nii, un Yao envoyé par Sun Wukong pour convenir d’un rendez-vous (le Berger des étoiles, dieu chargé de veiller à ce que la rivière d’étoiles ne parte pas en couilles et à qui Zhou et Li Kao avait rendu sa compagne, Perle de Jade, en la guérissant fortuitement de son amnésie, avait signalé au Roi des Singes qu’un de ses fils avait croisé sa route).
Ce fut encore une bamboche de plusieurs jours, qui mit Chinatown sens dessus-dessous. Les habitants en parlent encore un an après. Il faut dire que voir deux hommes portant des masques de bois danser la danse du Panda ivre sur les toits avec un orang-outan tandis qu’un vieillard mort torché les accompagne en chantant en chinois de l’époque Han, ça peut impressionner. Il se murmure que certaines jeunes filles auraient émis le souhait de devenir nonne après avoir passé une nuit en leur compagnie, disant qu’elles avaient « vécu suffisamment de désordre pour plusieurs vies. » Parallèlement, de nombreux criminels furent retrouvés suspendus à la place des enseignes des magasins qu’ils avaient attaqués ou rackettés. Le zoo de New-York enregistra une natalité augmentée de 500% chez toutes les espèces de simiens. Bref, ce fut une date que les témoins marquèrent dans leur calendrier, espérant pouvoir prendre part à une telle fête une autre fois dans leur vie, de préférence avec leurs enfants…
Sun Wukong donna une grande tape sur l’épaule de son fils pendant que celui-ci dégueulait dans l’Hudson. Puis il s’inclina profondément devant maître Li Kao, disant qu’il se réjouissait de plaider sa cause auprès des Roi-Yama quand l’ancêtre déciderait de mourir, dans 20 ou 50 ans. Avant de repartir, il lui laissa deux cadeaux. Puisque Chi-Nii s’était prise d’affection pour Zhou, le Roi Singe décida de lier le Yao à Zhou. Pour concrétiser ce lien, il offrit à son fils une ancienne carte à jouer sur laquelle figurait un orang-outan dans une position particulière. Lorsque Zhou imite la position de l’animal, Chi-Nii sort de la carte dans la position représentée. Le problème c’est que la position de l’orang-outan illustré change à chaque utilisation, obligeant le jeune fangshi à prendre des poses plus ridicules les unes que les autres pour attirer l’attention de sa compagne de jeu.
Amusé par les personnalités variées des disciples de son fils, Sun Wukong lui confia un sifflet d’ivoire lui permettant de les appeler à la rescousse en cas de besoin.
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