Mercredi 30 avril 2008
Qu'est-ce tu m'veux ? Hein ? Quoi ? T'espères en apprendre plus sur moi ? Pour qui tu bosses ? Ah, ouais, les Sidhes... Ben tiens. J'suppose que la tranquilité pouvait pas durer, hein ! Bon.

J'suis personne. Si si, j'te jure ! Avant, j'vivais du côté de Liège. Enfin, je dis « je », mais tu m'as compris, je parle de la masse de viscères dans laquelle je dois vivre maintenant. 'fin, y a pas tellement longtemps que j'me suis rendu compte. La chrysalide, c'est ça ? Ouais, ben elle m'est tombée dessus y a quoi... Trois ans ? Ouais, trois ans maxi. Bon, au début, je comprenais pas trop. Faut dire que j'étais pas gâté, mes vieux avaient contraint leur gosse à suivre des cours d'économie... Enfin bon, j'les ai pas supportés longtemps, j'me suis fait la malle avec quelques affaires et quelques potes. Un peu après l'épisode du cerf géant. Pas vraiment géant, mais impressionnant quand même. Il boulottait les géraniums de ma mère, comme ça, en pleine rue, sans que personne le voie ! Puis j'ai crié et je crois que les gens l'ont vu aussi, un instant, j'sais pas comment. Bref, j'ai compris qu'il valait mieux pas rester dans le coin.
On avait tous dix-huit ans, y pouvaient rien dire ! On connaissait qu'la ville, alors on a quitté l'Ardente pour une autre. La centrale. Capitale de l'Europe. Ca avait l'air bien, on s'est dit qu'on trouverait une planque peinarde et un boulot pas trop chiant. Après un mois, on a vite déchanté...

On était trop jeune, sans grand diplôme, sans le sou, avec des lambeaux de vêtements... Pour finir, la plupart de mes potes se sont tirés. Sont rentrés chez eux, ils ont rejoint leur monde de mortels. Les cons ! Moi, j'me démerdais de mieux en mieux, j'comprenais pas toujours tout, mais j'ai découvert que je pouvais manipuler les gens. 'Fin non, pas manipuler, mais un truc qui ressemble. Je peux jouer avec eux, alors ils ont envie de jouer avec moi. Enfin, les autres ils s'en foutaient : on damait que dalle par jour, on mendiait, on chapardait, mais y s'avaient plus leur confort. Alors y se sont tirés. On était plus que deux, pour finir, Arthur et moi. Il est bizarre, ce môme. Il a le même age que moi, mais il a l'air... ailleurs les trois quarts du temps. Mais alors, une voix... Il voulait pas repartir, ses vieux le trouvaient trop calme, ils pensaient qu'il déprimait et comptaient le mettre en asylum avec les dingos ! Ah ça, j'l'aurais pas toléré, non ! Alors je l'ai gardé. Il était pas contre et pour moi c'est pas une contrainte. Il râle jamais, a un appétit d'oiseaux et quand il chante, les gens lui filent du jonc. Perso, c'était tout bénèf, il rapportait la thune et je lui évitais les trop gros pépins, j'le faisais bouffer et j'lui trouvais un coin où pieuter.

Puis j'ai rencontré ce vieux prêtre. Par hasard, pendant qu'on faisait la queue à l'armée du Salut. Tout de suite, j'ai repéré qu'il avait une tronche bizarre : il avait presque autant de poils que Chewbacca, personne lui disait jamais merci, il portait un collier en forme de trèfle à quatre feuilles en plus de la croix habituelle. En plus, y racontait des histoires vraiment pas nettes pour un cureton ! Enfin, quand ça a été notre tour, y m'a regardé, a regardé le gamin d'un drôle d'air, puis moi du même, sans nous servir. Pis y m'a dit : « Mon fils, j'ai besoin de jeune gens vigoureux pour me donner un petit coup de main dans mon église : la maison du Seigneur a besoin de quelques réparations... Accepterais-tu de m'aider ? Nul doute que ton bon cœur sera récompensé. » C'est lui qui filait la soupe, j'ai préféré pas dire non. Et puis, avec son air bizarre, il me plaisait bien quand même. Et Arthur avait l'air de l'apprécier aussi, ce qui est toujours bon signe.
J'suis allé le rejoindre. J'avais laissé le môme dans le squat, histoire de vérifier le terrain. Dans l'église, y avait que lui et moi. Il m'a indiqué le confessionnal, j'y suis entré, lui aussi. Il m'a dit que je pouvais l'appeler Nix, ou Père Humphrey devant témoins. Et alors il m'a raconté. Ce que j'étais. Pourquoi et comment. Qui dirigeait dans l'coin, l'histoire des Fae, enfin ce qu'il en savait et qu'il avait pas oublié. Un topo complet, quoi. Comment nous vivions dans l'ombre, inspirant les humains, cachant notre véritable nature, créature perpétuellement prise entre deux mondes. Plus tard, il m'a présenté à un autre Boggan, patron d'un pub irlandais, histoire qu'on mange un bout. Ca m'fait un ou deux contacts dans la ville, même si ce sont pas des gens d'la haute.

Pour le moment, c'est calme. Nix m'a obtenu un permis et je suis devenu amuseur de rues. Jongleur, un peu musicien pour accompagner Arthur, acrobate... Je suis devenu une vraie bête du pavé ! Enfin, c'tait calme, jusqu'au moment où vous avez débarqué. Maintenant, j'sens les ennuis se profiler, aussi sûr que Pratchett est un putain d'bon écrivain ! Bah ! Au besoin, je foutrais encore le camp. J'fninirai bien par avoir l'habitude...

Allez, casse-toi maintenant ! J'ai du boulot et ta face de cire fait fuir les passants. Faut que j'gagne ma croûte, moi...
par Altrast publié dans : Jeux d'histoires communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mercredi 30 avril 2008
Histoire inutile et invraisemblable de Siléas Ambresprit



Siléas Ambresprit était un jeune homme sans grand intérêt vivant dans la belle et orgueilleuse Cité de Longbaston. Avec son bon ami, Ernesto Vilalune, fragile et inconséquent musicien et poète, il profitait de l'existence oisive des gens mal-nés sans grande perspective d'avenir.
Contraints comme tous les jeunes gens de la ville, filles ou garçons, d'accomplir un service militaire, ils se retrouvèrent, après une formation éprouvante quoique profitable, sur les fortifications de la Cité afin d'en surveiller les abords. Une nuit, alors que tout était calme, Siléas s'assoupit dans sa guérite et ne vit donc pas arriver les étranges et traînantes créatures qui, sans le moindre effort, détruisirent un pan de mur et s'immiscèrent dans la tranquillité obscure du sommeil des gens. Réveillé par le tocsin, il accourut mais n'eut que le temps de voir son ami assailli par des êtres humains pourrissant et hargneux.
Longbaston mena un rude combat pour éloigner les créatures, et de nombreux morts furent à déplorer. Mais à la pointe du jour, la victoire fut là. Sauf pour Ernesto, qui, ayant perdu un bras, un pied, une oreille et deux reins, dévorés par les monstres, ne survécut pas.

Bien que les autres citoyens le décourageaient de cette entreprise, Siléas donna la chasse aux Morts-Vivants, seul, pour venger son ami, et surprit les créatures dans une plaine rase, en pleine journée. Diminuées, quasiment abattues par la lumière du soleil, les horreurs ne se défendaient que péniblement. Mais elles étaient trop nombreuses et, blessé tant dans son orgueil que dans sa chair, Siléas dut fuir et regagner sa Cité. Là, il fut pris d'un mal étrange, comme beaucoup d'autres personnes, mais les médecins de la ville, habitués aux attaques de ce type et aux maladies causées par certaines créatures, le soignèrent sans grande difficulté.

Siléas ne souhaitait plus rester en place. Le souvenir de son ami et la honte de n'avoir pas pu le venger complètement le poursuivaient sans relâche. Il profita de la première opportunité pour quitter la Cité : un marchand souhaitait qu'une missive soit apportée à son cousin, résidant dans une ville voisine. Notre jeune homme quitta donc Longbaston sans grands regrets et atteint Sheridan deux semaines plus tard. Ayant été grassement payé pour son office et ayant pris le goût du voyage, il s'établit messager et accomplit son métier avec passion, accumulant de nombreuses connaissances sur les routes et chemins du pays et d'ailleurs.

Ce pays, justement, vivait dans un climat de tension quasi-permanent : toutes les Cités étant indépendantes et plus ou moins rivales, les conflits politiques ou militaires n'étaient pas rares. Et l'assassinat par des brigands de Sheridan d'un ambassadeur de la Cité de Clockwood fit éclater la haine que se vouaient ces deux Cités. Les mauvaises relations limitaient voire empêchaient les échanges. Moins d'échanges signifiait moins de commerce, donc moins de messages également. L'affaire de Siléas tournait au ralenti et ce dernier sombra dans une morne apathie, se contentant de fouiner à gauche et à droite, espionnant pour le compte de sa Cité tout en faisant un peu de contrebande. Pressé par le manque d'argent, il s'engagea, par dépit, dans l'armée, qu'il servit avec une bonne volonté très fluctuante durant un an.

Cependant, épris de voyage et de liberté comme il l'était, il ne supporta pas longtemps la contrainte de l'obéissance et déserta. Avant qu'il ait eu le temps de mettre assez de lieues entre l'armée et lui, il fut rattrapé et emprisonné pour désertion et vol (un fermier, profitant de l'aubaine, l'accusa du vol de ses moutons afin de se faire rembourser par la Cité) et condamné aux travaux forcés. Il fut envoyé comme esclave dans une carrière.
Il advint que le seigneur local inspecta un jour cette carrière. Lord Helmutt était malade : souffrant, peinant, toussant et exsudant une humeur noire et glaireuse, il paraissait aux yeux de tous comme destiné à un prochain trépas. Siléas ne connaissait que trop bien ces symptômes pour les avoir lui-même subi après son attaque inconsidérée des monstres qui avaient tué son ami. Soulevant difficilement son bras sous le poids des chaînes, il lança ces mots au souverain, mots qui furent retenus comme le chef-d'oeuvre d'impolitesse qu'ils sont (« poli comme Siléas » est devenu une raillerie populaire à Sheridan) :
Hey ! Oh, Monseigneur ? Hrum, je sais pourquoi vous crachez vos poumons et pourquoi les vêtements blancs vous sont interdits. Vous souffrez d'un mal noir et mortel, mais je connais des gens très malins qui vous en guériront facilement... »
Après une éternité de coups de pieds, de poings, de têtes, de pelles, de pioche, de brouette et autres instruments contondants saisis par les contremaîtres pour punir l'insolent, le Seigneur accumula assez de force pour ordonner l'arrêt de la bastonnade d'une voix sifflante. On interrogea le prisonnier qui fut gracié pour service rendu. Récupérant ses affaires, il prit la fuite et gagna le plus rapidement possible le port où il s'embarqua pour les terres de l'Ouest.

Arrivé dans une auberge miteuse, fauché comme les blés et ne connaissant personne, il croupit quelques temps dans ce bouge jusqu'à tomber sur une affiche parlant d'une femme du nom de Laÿla Silath qui semblait être en quête de mercenaires. Attiré par la perspective d'un nouveau voyage, il suivit les indications des locaux et se mit en quête de cette embaucheuse potentielle...
par Altrast publié dans : Jeux d'histoires communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mercredi 30 avril 2008
Pastourelle

[ Il fut un jour un chevalier
Qui s'en allait, venant de guerre] X2
Croise une belle bergère
Toute vêtue de vert
Qui menait ses moutons
En son grand champ nouveau
[ Pour qu'ils y mangent et boivent
Du matin jusqu'au soir] X2

[ Voyant l'accorte demoiselle
Il arme sa langue la plus belle] X2
"Bonjour gente maitresse
Donnez-moi votre tresse
Vous verrez quel usage
Un chevalier en fait
[Je vous ferai l'amour
Du matin jusqu'au soir] X2

[ La belle devant ce beau langage
S'en sort sans beaucoup de tapage] X2
" Navré noble seigneur
Je viens d'donner mon coeur
A un gentil jeune homme
Qui chante des chansons
[Qui me fera danser
Du matin jusqu'au soir] X2

[ Devant c'début de rebellion
Le mâle dévoile sa passion] X2
Tôt elle est allongée
Sur l'herbe fraîche mangée
Bientôt ses cris emplissent
Les landes et les bois
[ Personne n'y viendra voir
du matin jusqu'au soir] X2

[ Et quand enfin fut rassasiée
La belle se prit à lui parler] X2
" Merci mon beau seigneur
Pour tout ce bon bonheur
Qui a égayé la journée
D'une fille délaissée
[ Vous pourriez bien rester
Du matin jusqu'au soir !] X2

[ Voici en guise de conclusion
La fin morale de cette chanson] X2
Quant une demoiselle
Après s'être faite belle
Refuse les avances
D'un chevalier taquin
[ Faut qu'elle s'attende à ploir
Du matin jusqu'au soir] X2




Ceci est une tentative d'écrire une chanson sur un thème très couru au Moyen Age : les "amours" de bergères. A prendre avec humour et sans me considérer comme un infâme macho !
par Altrast publié dans : Musique communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mercredi 30 avril 2008
Arrf ! Salutations ! Mais entrez donc ! Asseyez-vous, je vous en prie. Non, pas là. Ce fauteuil est bien plus confortable. Vous prendrez bien une tasse de thé ? Et je suis sûr que vous goûterez à ces biscuits que je viens de sortir du four. Vous êtes bien installé ? Ces humains sont peut-être des fainéants patentés, mais je dois admettre que le mot confort a pris des connotations très agréables depuis que je les fréquente. On se console comme on peut, n'est-ce pas ?

Qui je suis et d'où je viens ? Regardez-moi, d'abord ! Je veux être sûr que vous êtes bien qui vous prétendez être ! Oui, bon. On fera avec. Quoi ? Alors, vous les aimez, ces biscuits ? Ahh, je suis bien content ! Je les ai fait goûter à de nombreuses personnes et vous êtes la première à les apprécier... Je débute en cuisine, voyez-vous. Depuis que je m'occupe d'un orphelinat. Il a bien fallu que je m'y mette.
Hrum, oui, vous avez raison. Eh bien, je suis originaire de la petite localité de Hekla, en Islande. L'Islande... Les volcans, les geysers, les failles... La nature dans toute sa puissance. Et les femmes. Les femmes ! Enfin... C'était le bon temps. Et puis les Normands sont arrivés. Les Normands. Les Vikings quoi. Vous savez, grande barbe, drakkars et corne d'hydromel ? Bon, passons * regard désespéré * ! Donc, les Vikings ont débarqué. C'était en 800, ou peut-être plus tôt. Ou plus tard. J'ai des problèmes avec les dates.
C'est à cette époque que j'ai rencontré ma Famille. Oui, avec une majuscule. Ce sont des humains, mais ils le méritaient bien. Des gens charmants. Le père était un peu rustre, et il a mis du temps avant de s'essuyer les pieds en rentrant, mais il a fini par y arriver. Mais des enfants incroyables. Après une génération, ils voulaient s'en repartir vers d'autres terres. Une île, un peu plus au sud, qu'y disaient. Ils me plaisaient bien, alors je les ai suivis. Précédés, plus exactement. Évidemment, ils ne m'avaient pas donné la bonne direction ! Je me suis d'abord trompé d'île... J'ai arpenté la verte Erin, terre de mes ancêtres, pendant au moins un siècle, avant de comprendre mon erreur. C'est au cours de cette errance que j'ai rencontré Siobhan Mc Firnisch. Elle vivait (hantait est peut-être plus correct...) une tourbière quelque part dans le Connemara. Cette vieille harpie (enfin, c'était une Bean Sidhe ravissante, mais elle avait sale caractère !) martyrisait une communauté de Gaëls particulièrement nombreuse. Dubh Lynn, je crois que c'est comme ça que s'appelle la ville maintenant.
C'est alors que ce prêtre est arrivé. Pardon, je devrai plutôt dire ce boucher ! Ce monstre nous connaissait bien. Trop bien. Il a fait fabriquer quelque chose en grand secret dans une grange. J'ai essayé de m'approcher (à l'époque, je vivais chez un cousin qui entretenait un cellier de marchands), mais je me retrouvais à chaque fois tremblant de peur et de dégoût à plus de vingt pas de la porte.
Ils sont entrés dans le marais. Elle a couru. Longtemps. Mais ils étaient nombreux. Trop nombreux. Et surtout, ils avaient du fer. Dans la tête, là où aucune magie ne peut le déloger. Ils l'ont attrapée et traînée sur la place du village. Les villageois voulaient la brûler. Un vieillard a tenté d'argumenter (je lui ai parlé par après. Il portait un nom bien connu dans la région : Gwyddion. Un descendant des Druides, assurément...) mais rien n'y a fait. La Fae allait payer pour sa méchanceté (faut dire qu'elle l'avait un peu cherché : elle tissait des vêtements d'effroi et pour générer les sentiments qu'elle emprisonnait dans ses étoffes, elle capturait les enfants et faisait porter des bouts de chair à leurs parents... Oh, elle ne les tuait jamais ! Elle finissait par les rendre, en bonne santé, mais... pas tout à fait indemnes).
Mais le prêtre avait une meilleure idée que le feu. Il disait que ça allait prouver de façon éclatante que la femme était une démone. Alors il a fait sortir la chose sur laquelle il avait fait travailler le forgeron depuis tant de temps.
C'était... Une pure horreur ! Un grand lit de fer froid. Des sangles aux quatre coins. Et des bandes du métal honni destinées à recouvrir entièrement la personne attachée dessus. Ohhhh oui, il nous connaissait bien, ce monstre. Pas besoin de vous raconter la suite, n'est-ce pas ? De toutes façons, je ne pourrais pas. Jamais. Ses cris... Par la Grande Dame. Non, jamais !

C'était ma première confrontation véritable avec cette nouvelle religion. Et je dois dire que ma première impression était plutôt radicale. Je décidais de suivre ce prêtre. Je voulais le tuer. Lui et ceux qui le suivaient. Ils gagnaient l'autre île, celle des Scots. Qui plus est, j'allais peut-être pouvoir retrouver mes filleuls.
Nous arrivâmes en Bretagne en l'an 1075. Et effectivement, j'ai retrouvé ma Famille ! Ces idiots avaient été déportés sur le continent et avaient du livrer bataille pour atteindre leur destination première, avec quasiment deux siècles de retard. Évidemment, les mortels que j'avais connus étaient morts depuis longtemps. J'ai repris contact discrètement avec eux. Ils se souvenaient de moi, les braves gens ! Enfin, en tous les cas, ils se souvenaient des histoires de leur grand-mère, mais je n'allais pas faire la fine bouche... D'autant plus que j'allais avoir besoin d'eux pour approcher ce prêtre. Lui aussi avait du fer dans la tête !
Alors, j'échafaudais mon plan. Un des enfants montrait des aptitudes à l'éducation, ses parents l'envoyèrent donc, de façon fort logique et appropriée, au monastère local, de manière à lui faire suivre un enseignement religieux. J'avais maintenant un homme dans la place et pouvais soigneusement constituer une réserve d'informations très intéressantes...
Par curiosité et pour me familiariser avec la manière de penser de mon désormais ennemi, je demandais au garçon (à cette époque, le contact avec les humains pouvait encore être spontané et presque normal) de me raconter ses livres et ses leçons (sauf le latin. J'ai eu beau essayé, rien à faire ! Des mots qui changent de forme selon leurs rôles, ça ne me paraît pas naturel !). Au passage, j'ai aussi appris à lire.
Mais ce dont il me parlait me semblait étrange : au lieu de l'orgie de sang et de destruction, au lieu de la haine, je découvrais un message d'amour et de paix dans la foi, une volonté d'entraide et de communion entre les êtres. Je ne m'y attendais pas et j'ai d'abord accusé le garçon de vouloir me tromper. Mais j'ai tôt senti sa sincérité. Ainsi que celle, de plus en plus forte, du reste de sa famille. On les avait convertis simplement en envoyant l'un d'entre eux leur lire un livre ! Cette nouvelle religion prenait des voies singulières pour se propager. Et ça marchait ! À merveille, même. Il était grand temps d'agir si nous ne voulions pas être tous condamnés à mourir par le fer.
Alors j'ai agi. De nuit. Sans l'aide du garçon, mais avec des brigands quelconques que j'avais engagés dans une taverne. Ils ont bouté le feu à un coin du monastère et, pendant que le Diacre (c'est le titre que portait le monstre à face d'homme) courait vers les lieux du drame, je l'ai fait chuter. Il s'est brisé la nuque. On l'a pleuré longtemps dans la communauté. Les hommes sont-ils aveugles, ignorants ou juste bêtes ? Ou peut-être nous prenaient-ils vraiment pour des démons (il faut dire que leur livre était très explicite concernant les démons. Très clairement, je n'aimerais pas en rencontrer...). Mais nous ne sommes pas des monstres, nous sommes justes... autres. Je ne comprenais pas comment on pouvait prôner un message d'amour fraternel et en même temps condamner quelqu'un à mourir dans d'atroces souffrances ! Puis, je me suis calmé. Et j'ai à nouveau observé les humains fraîchement convertis. Et je me suis aussi converti. Enfin, non, pas exactement. Mais j'ai compris. Compris que leur Dieu et les anciens dieux n'étaient qu'un. Une seule et même force d'origine, seuls les noms changeaient. Et les hommes qui les prononçaient, hélas. De là venaient les problèmes, de là venait la haine. C'est là qu'il fallait montrer la Faerie du monde ! Il ne fallait pas œuvrer contre, mais avec le Crucifié et ses suivants. Mon choix était fait ! Désormais, je montrerai comment unir l'ancien et le nouveau.
Aussi, je m'installai avec les frères bénédictins locaux. Et c'est à nouveau l'un de leur monastère que j'ai rejoint lorsque mes Kinains ont émigrés vers la ville au début du 19ème siècle (seigneur, comme le temps passe...)
Oh, mais je parle, je parle, et vous avez fini votre thé. Reprenez-donc un biscuit pendant que je vais vous resservir. Voilà qui est fait. Vous ne mangez plus ? Comme vous voulez !
Où en étais-je... ? Ah oui, Londres ! Quelle ville fascinante. Je préfère la campagne, mais je suis tout de même impressionné par ce que les hommes arrivent à bâtir de nos jours. Quel dommage que seule une poignée d'entre eux soient réellement des Artistes. Sans cela, leurs villes seraient des incarnations modernes du Songe. Ce que je fais pour le moment ? Oh, eh bien ma foi je m'occupe. Je continue de veiller sur mes Kinains et sur mon église. Oh, oui, je ne vous ai pas dit : je suis devenu un Kirkegrim ! Hum, mais je dois avouer que je ne suis pas très doué. Les bancs auraient besoin d'un bon lustrage, mais je ne m'y mets pas facilement. Pas par paresse, mais c'est juste que la dernière fois que j'ai voulu planter un clou, j'ai perforé le cadre que je voulais accrocher et assommé un des mes frères... Enfin. Je suis plus doué pour soulager et porter l'aide aux démunis. D'ailleurs, le père supérieur me demande souvent d'écouter les gens, quand bien même je ne suis pas ordonné et apte à recevoir la confession.
Les gens m'aiment bien. Ils aiment mes histoires, aussi. Je suis un moine bizarre, et quelque part, ça les rassure, je le sais. Ils sentent parfois que l'ordre est un carcan et voudraient s'en libérer. Je les aide parfois, comme je peux, comme ils le méritent, surtout. Et certains le méritent bien.
Mes Kinains, dites-vous ? Làs, je dois avouer que la famille s'est bien réduite. Ils ne sont plus que deux : une femme qui travaille dans une fabrique de chaussures le jour et écrit des romans sulfureux la nuit. Ca ne vous paraît pas très glamour, tout ceci, je me trompe ? Et pourtant, vous devriez lire certains de ses livres. Ils sont étonnants. Quant au deuxième, il s'agit de son frère. Un voyou qui passe sa vie dans les rues et que je ramène souvent dormir à l'orphelinat. Il a peur de moi, je crois. Je ne peux pas décemment lui dire qui nous sommes, mais il a été pris dans une Chimère un jour. Et depuis, il a peur et cauchemarde. Je le surveille par amitié pour sa famille, mais je dois confesser qu'il m'est de plus en plus pénible de m'occuper de lui. Un jour, il me frappera dans le dos, je le sais. Mais je ne peux pas m'en débarrasser. Je me contente de veiller à ce qu'il en apprenne le moins possible sur moi...

Comment je suis entré dans la maison Eiluned ? L'un des leurs était recherché par les autorités locales et je lui ai accordé droit d'asile dans l'église. Le problème, c'est que ma hiérarchie ne m'a pas suivi sur ce point et que j'ai du le livrer, contraint et forcé. Un jour, un gamin m'adresse la parole dans la rue, me demandant son chemin. Pendant que je réfléchissais à l'itinéraire le plus court, il a posé la main sur son épaule et a récité un vieux poème en gaélique.. C'était fait : un Geis ! Je suis devenu vassal de la maison en réparation du préjudice subi par un des Sidhes qui la dirige... Au final, je ne m'en plains pas : ils ne sont pas très exigeants (mon orbe de compétence voisine rarement avec les leurs) et j'ai pu avoir accès à certaines sources d'informations assez intéressantes. Et puis, je ne suis que vassal, certes, mais la maison jette quand même un œil sur moi pour le jour où je lui serai utile...

Voilà quelle est ma situation, à l'heure actuelle. Encore une tasse de thé ou un biscuit ? Ah, vous devez partir... Eh bien, j'ai été ravi de cet entretien !
Portez-vous bien, cher ami, et prenez bien soin des archives de notre Maison !
par Altrast publié dans : Jeux d'histoires communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mercredi 30 avril 2008
" Sang et Foutre, où est encore passé ce maudit Satyre ? " Kertak Tendrami, Minotaure et Censeur Éclipsiste du Cryptogramme-Magicien, attendait son ami Sorofrêne le Satyre. Alàs, celui-ci, comme tous ceux de son espèce, avait une fâcheuse tendance à courir tout ce qui portait jupon. Et hors de question pour Sorofrêne de recourir à la racine de Mandragore, seule substance capable de réfréner ses instincts. C'eut été prendre le risque d'attirer sur lui l'attention de la Petite Mort. Sans parler de sa réputation, bien entendu. Donc, Kertak attendait, ombre massive et cornue tapie dans la ruelle. Ils devaient aller retrouver Lublijana, leur amie Farfadine et Petite Chasseresse, car ils étaient tous trois sur la piste d'un réseau de trafiquants de Danseurs. Et la lubricité de cette chèvre inconsciente les mettait une nouvelle fois en retard !

Soudain, il perçut un mouvement et des voix provenant de l'intérieur : deux personnes semblaient argumenter assez vivement. La porte s'ouvrit avec fracas et un homme aux pieds en forme de sabots fut brusquement projeté par l'ouverture. Un colosse apparut dans l'embrasure et apostropha le Satyre écroulé sur les pavés : " Et que j't'y r'prenions plus à clapauter près d'mes filles, ou j'srions moins aimable une aut' fois ! "
Alors que la brute semblait vouloir frapper une nouvelle fois Sorofrêne, Kertak s'interposa. Quand il vit l'immense Minotaure surgir devant lui, l'hommeeuta un mouvement de recul : il est vrai qu'une masse de muscle de 2,30 m armé d'une hache à double tranchant, ça ne pousse pas au bellicisme.
" Je vous présente mes excuses, au nom de mon ami " Tonna le Minotaure.
Immédiatement, l'attitude de l'individu changea : de la colère assurée, il passa à la terreur la plus abjecte : " Va-t-en d'là, Démon, j'voulions point avoir affaire à toi " s'exclama-t-il avant de disparaître à l'intérieur.
Le Censeur poussa un soupir de rage contenue. Ces maudits humains n'apprendraient-ils donc jamais à faire la différence entre un Démon des Abysses et un Minotaure Renégat ? C'était à vous dégoûter de l'Inspiration !
Une voix s'élèva des pavés :
-" Merci encore une fois, mon ami. Tu viens de m'éviter une altercation oiseuse alors que nous sommes déjà en retard. "
Cette fois, c'en était trop pour Kertak, qui attrapa le Satyre et le soulèva aussi facilement que s'il s'était agi de la choppe de bière forcément vide d'un Ogre :
- "C'est la faute de ton inconséquence, si nous sommes en retard. Lublijana a risqué sa vie pour que nous puissions mettre un terme à ce trafic, et elle la risque encore sûrement en ce moment ! Je ne tolèrerais plus que tu nous mettes en danger avec tes galopinades inopinées, compris ? "
- "Du calme, du calme, voyons", rétorqua Sorofrêne, " Je te signale que si cet abruti mal instruit ne couvait pas ses filles avec autant d'assiduité, il y a longtemps que j'en aurais fini avec elles.
Le Minotaure reposa son ami avant de commettre un acte irréparable, puis se mit en marche en disant :
- " Dépêchons-nous. Tu dois encore récupérer ton cistre avant que nous n'allions rejoindre Lublijana, et nous avons déjà perdu assez de temps. J'espère que notre opération ne sera pas compromise. " Puis, avec un petit sourire :
" Au fait, elles étaient comment, les filles du forgeron ? "
                 
                        ***

 " Allez, dépêchez-vous, de grand profits nous attendent aujourd'hui mes Disciples ! "

Lublijana observait cette bande d'illuminés depuis plusieurs semaines déjà. En tant que Petite Chasseresse attitrée de la baronnie de Rochronde, elle était également chargée de contrôler le commerce de Danseurs sur la région. Et ces fanatiques se livrait à un trafic hautement illégal, et à grande échelle, en plus ! Voilà pourquoi elle avait demandé l'aide de ses amis Kertak et Sorofrêne. Mais ils étaient en retard, et s'ils n'arrivaient pas bien vite, toute leur opération tombait à l'eau. En effet, seul un flagrant délit pouvait mener à l'arrestation des contrebandiers. Mais à elle seule, aucune chance de mettre plus de 10 hommes en fuite. Et ils s'apprêtaient à partir vers les Milles-Tours, fief des Mages de toutes obédiences, pour tenter de fourguer leur marchandise à des renégats du Cryptogramme-Magicien.  De la cachette où elle se trouvait, sous les combles d'un toit, elle pouvait voir les petites cages se balancer à la ceinture des trafiquants, empêchant les pauvres Danseurs prisonniers de bouger. Un sort terrible pour ces créatures dont la seule occupation est la Danse ! Ce spectacle soulevait Lublijana d'indignation.

Mais un bruit se fit entendre dans la ruelle en contrebas

***


Lublijana abandonna un instant son poste d'observation pour examiner l'origine de ce
bruit. Une ombre massive escaladait le mur, ses paumes semblant coller à la paroi.
Son regard, habitués aux turpitudes des Danseurs, permit à la Petite Chasseresse de
distinguer l'un d'entre eux, tourbillonnant sur les avant-bras du grimpeur inconnu. À
la figure peu rassurée qu'il arborait, la Farfadine reconnut sans peine son ami
Kertak, qui n'avait jamais apprécié d'avoir à se livrer à ce genre d'acrobaties.
- Cornes de la Bête, chuchota-t-il. Je ne comprendrai jamais le plaisir que peuvent
trouver les Farfadets à se percher sur les toits glissants de Lorgol.
- Il s'agit bien de plaisir aujourd'hui, répondit Lublijana du même ton en aidant tant
bien que mal son ami à se hisser sur la corniche de pierre. Vous êtes en retard !
J'ai bien cru que vous n'arriveriez jamais, dit-elle tandis que Sorofrêne se
glissait à leur côté.
- Plaint-en au bouc, ce sont ses galvaudages qui nous ont retardés. D'abord,
Monsieur joue les jolis cœurs, puis il se permet également d'égarer son cistre et
de m'obliger à le chercher longuement avec lui, pour finalement le retrouver dans
l'armoire où il prétendait être sûr de ne l'avoir rangé ! Il me désespère...
- Ah ! Mais vous savez à quel point il est difficile de renier sa Nature. Surtout
quand celle-ci est votre Mère. Ce n'est pas toi qui me contrediras, belle demoiselle.
- Sorofrêne, ne te sert plus jamais de la Dame comme d'une excuse en ma présence !
Ne t'es-tu pas déjà attiré les foudres d'un Cénacle Lorgolien par ce genre de parole
?
- Ces rustres ne comprenaient rien à l'art. Ni à la vie, d'ailleurs. Comment
voulez-vous vous accomplir en restant enfermer une ville ? Ils manquaient du plus
élémentaire bon sens. Et puis, n'oubliez pas que sans ces petits démêlés, nous
n'aurions jamais eu le plaisir de nous rencontrer, mes amis.
- En effet, à quoi avons-nous failli échapper, grinça le Minotaure. Qu'importe ! Une
longue nuit nous attend, et nous n'avons déjà que trop tardé ! Lublijana, quelle est
la situation ici ?

Les trois investigateurs se penchèrent discrètement vers la cour pour observer le
rassemblement qui se poursuivait en contre-bas.

- Voilà deux heures que ça a commencé, reprit la Farfadine. Ils sont arrivés un à
un, rapidement très attentifs aux propos de ce type, là (elle indiqua un homme svelte,
vêtu d'un rouge éclatant et perché sur une estrade de fortune composée d'un vieux
cageot et d'une planche branlante), qui n'a cessé de les haranguer contre
"l'intolérable liberté dont jouissent ces faibles créatures", dit-elle avec une
grimace de profond dégoût. Vous aurez compris qu'il parlait des Danseurs...
- Hrum, grogna Kertak en portant la main à ses cornes, où se nichaient les deux
frêles créatures qui rendaient possible au Censeur la pratique de l'Emprise, cette
magie codifiée par le Cryptogramme-Magicien. Le Minotaure ressentait une profonde
affection pour les petits êtres, sentiment qui était d'ailleurs réciproque, et il
lui était inconcevable qu'on puisse vouloir du mal à d'aussi fantastiques créatures.
- Attendez, les prévint soudain Sorofrêne. Un autre homme vient d'arriver.

***

L'homme était également vêtu de rouge. Pourpoint et bottes sont en cuir et grinçaient à chacun de ses mouvements. Une cape fourrée, jetée sur ses épaules dissimulait ses bras. Un visage fin, encadré par des mèches noires entremêlées de métal brillant. Les trois Inspirés contemplèrent, révulsés, la myriade de Danseurs pris au piège de cette chevelure. Les petits androgynes semblaient être eux-mêmes tissés dans les mèches, figures de souffrance impuissante.
Un Obscurantiste, sans le moindre doute. Des Mages étranges, adepte du Supplice, qui doivent torturer leurs Danseurs pour obtenir les étincelles nécessaires à leur art.
Le Mage s'avança, prit place à son tour sur l'estrade branlante sous les yeux fanatiques des humains rassemblés ici :
" - Frères ! dit-il, et sa voix résonnait jusqu'aux extrémités de la cour, emplissant le moindre interstice d'une sonorité puissante.
- Le temps est venu. Depuis des mois, vous parcourez les campagnes environnantes, vous écumez les cités à la recherche de cette engeance purulente, qui cache sa monstruosité derrière une façade de grâce et de finesse. Mais je vous ai ouvert les yeux, et vous avez alors constaté par vous-mêmes la réalité : ces parasites empoisonnent nos campagnes et ravagent nos villes ! Ils sont derrières chaque perte de bétail, chaque pierre qui tombe de nos murs. Ils effraient ou fascinent nos enfants, mais dans tous les cas ils les forcent à s’éloigner des sentiers sûrs. Leur liberté est un fléau ! Un fléau que nous allons, que vous allez contribuer à éradiquer ce soir. En emprisonnant ces êtres corrompus, vous allez rendre à notre monde sa pureté originelle. Vous êtes les Messagers d’une ère de paix et prospérité.
Mais prenez garde ! Certaines personnes ne voient pas la grandeur de notre cause. Eux, les Mages du Cryptogramme-Magicien, ainsi que ceux qui surveillent et prennent soin de nos ennemis et se font appeler Petits Chasseurs, tous ceux-là restent aveugles à l’ignominie de ce qu’ils appellent Danseurs. Ils sont puissants et s’opposent à nous. Voilà pourquoi nous sommes contraints de nous cacher dans ces arrières-cours poussiéreuses. Mais viendra un jour où leurs regards s’ouvriront à la réalité, et nous pourrons œuvrer de concert à la Purification !
En route, mes Frères, en route ! Nous allons rendre à ces créatures la place d’esclave qui est la leur, en les vendant à mes frères Obscurantistes. Entre leurs mains, ils expieront dans la douleur la plus intense les forfaits qu’ils ont commis. Un juste retour des choses.

***

Tandis que les acclamations retentissaient, les trois Saisonnins se regardaient, consternés par ce qu’ils venaient d’entendre.
- Mais ils sont complètement allumés! Mais je m’en vais te les pendre, moi, ces tortionnaires ! Je les enfermerai dans une prison d’épines ! On verra s’ils apprécieront ! s’essouffla Lublijana.
- En vouloir à une si jolie créature, si intéressante, si pleine de vie et si manifestement inconsciente, voilà qui me dépasse ! répliqua Sorofrêne, abasourdis.
- Je savais que les Obscurantistes n’avaient pas un amour inconditionnel pour les Danseurs, mais de là à les accuser de tous les maux et à les persécuter de telle façon, il y a une marge de taille, s’étonna le Minotaure. En tous cas, poursuivit-il, voilà qui change la donne ! C’est un Mage, et il contrevient aux préceptes du Cryptogramme-Magicien. Autrement dit, il est à moi. Lublijana, Sorofrêne, débrouillez-vous pour créer un maximum de confusion. Tant que vous y êtes, libérez les Danseurs. Moi, je me charge de l’Obscurantiste.

***


Il les observait, ravis, former cette masse grouillante et unanime. Il les entendait scander des mots de mort à l’encontre des Danseurs et respirait les effluves de son pouvoir, ce pouvoir que son maître lui avait promis et dont l’ampleur grandirait au fil de sa servitude. Il ne comprenait pas pourquoi il lui fallait chasser ainsi les gracieux petits acrobates, mais il savait qu’il ferait tout pour contenter le Vagabond qui lui avait montré la voie de la Puissance… Voyant que la meute était prête à se mettre en route, il abandonna la suite des opérations à son élève, celui à qui il comptait dévoiler à son tour le chemin de la gloire, et enfila une ruelle, décidé à aller faire son rapport.

***


Les hommes entassèrent les petites cages dans un chariot bâché, auquel était accrochée une mule. Ils comparèrent leurs prises, se congratulèrent, s’apostrophèrent, le tout dans la joie et la satisfaction. Le Maître étaitcontent d’eux ! Il était fier de les avoir choisis, de leur avoir montré la vraie cause des malheurs du monde. La plénitude qu’ils ressentaient était indescriptible. Jamais ils ne s'étaient sentis aussi important.
Tout à leur liesse, ils n’entendirent pas la subtile mélodie qui tomba dans leurs esprits depuis le toit, s’infiltrant, s’insinuant, répandant d’étranges voix et murmures.
Soudain, un homme en frappa un autre, mettant toute sa puissance dans un coup dévastateur qui brisa le nez et les pommettes de celui qui lui faisait face. L’assaillant contempla, médusé, le sang qui gouttait de son poing serré et les éclaboussures carmines qui maculaient sa chemise.
Les autres crièrent au traître, à l’ennemi, au meurtre, mais lui ne comprenait pas. Il avait essayé de résister à la voix impérieuse qui avait soudain résonné en lui, mais sur le moment, la seule chose raisonnable avait semblé être de lui obéir. Trop tard cependant pour s’expliquer, la camaraderie avait fait place à la haine. D’autres coups furent donnés, des couteaux sortis, le sang gicla en corolle rouge sombre sur les pavés noircis, les visages se crispèrent, la colère brilla dans les yeux. Oublié, le discours du Maître. Seule comptait maintenant la vengeance. Qui attaque qui, impossible de le dire, la mêlée est totale.
Et tandis que les cordes du cistre désaccordaient l’âme des hommes, une ombre furtive se glissa auprès du chariot.


***
« C’est vrai qu’il est parfois un peu pénible à supporter, mais il faut avouer qu’il est sacrément efficace, le Satyre ! » Pensa Lublijana, dissimulée sous la carriole et observant les intenses échanges physiques se déroulant dans la cour.
« Bon, allez, au boulot ! »
Elle se hissa à l’arrière du chariot, passa sous la bâche, à l’abri des regards. Le cœur serré, elle contempla les Danseurs apathiques qui se morfondaient dans leurs prisons de métal.
« Courage, les enfants, c’est bientôt fini. » Murmura-t-elle dans un souffle. La sculpture, la forge, la Matière et sa manipulation, profane ou magique, n’ont plus de secret pour elle. D’un geste, elle effleura les cages, faisant s’effriter les barreaux, qui tombèrent en copeaux de rouille.
Les Danseurs, ivres de leur liberté retrouvée, bondirent à l’extérieur du chariot, tissant un réseau d’étincelles incroyablement dense qui recouvrit bientôt la cour. La Farfadine profita des lézardes d’un mur voisin pour regagner l’abri des toits.

***


Le mystérieux musicien avait cessé de faire résonner sa mélodie de haine dont les effets s’estompèrent peu à peu. Les pugilistes se regardèrent, soudain saisis par l’étonnement de ce qu’ils étaient en train de faire.
« - Guerolne, pourquoi est-ce que je te tape dessus ?
- C’est p’tet parce que j’t’ai balancé une brique dans l’dos ? » Répondit l’autre, incertain
Une lumière étrange les poussa à oublier pour un temps ces épineuses questions. Ils levèrent les yeux, de même que tout les autres illuminés de la cour, et virent se tresser au-dessus de leurs têtes un filet acéré d’énergie pure. Les maillons tressés s’abattirent sur les hommes, broyant les chairs, déchiquetant les membres et faisant jaillir des escarbilles osseuses des corps maintenant agonisants...

***


Sorofrêne avait détourné les yeux de l’horrible spectacle qu’offrait à présent la cour. Voyant revenir son amie Farfadine, il la complimenta :
« - Tu avais à peine investi le chariot que les Danseurs en jaillissaient. Tu te débrouilles toujours aussi bien avec les serrures ! Note que je préfère quand même quand tu combats : ça me fait toujours rire de voir ces lourdauds engoncés dans leurs armures de métal se moquer du courage que tu montres en les affrontant., jusqu’au moment où ils sentent leurs armures fondre en emportant une bonne partie de leur peau…
- Je dois à mon tour reconnaître, répondit Lublijana, qu’il n’y a pas de meilleur lanceur de Tarasque au milieu d’un jeu de boules que toi ! Mais c’est quand même plus marrant quand tu les fais souiller leurs pantalons de trouille en ravivant leurs peurs du fond de leurs esprits ! »
Ils se regardèrent et sourirent, puis décidèrent d’aller voir ce qu’était devenu le Minotaure.

***


« Quelle belle nuit ! » Pensait l’homme. Comme il lui semblait facile de manipuler les gens ! Et pas seulement ces abrutis qu’il avait laissés derrière lui, non. Eux n’étaient que du menu-fretin que n’importe quel crétin un peu charismatique aurait pu conduire aux pires extrémités. Non, ce qui le gorgeait de plaisir, l’évènement qui lui avait fait prendre conscience de sa puissance, c’est la réaction de ses pairs au sein du Cryptogramme-Magicien. Tous ces Mages bouffis de suffisance n’avaient  pas même vaguement senti sa trahison. Il était parvenu à les berner tous. Même le principal de l’Académie, le célèbre Orchal, qui avait combattu aux côtes d’Agone de Rochronde, n’avait rien remarqué. L’esprit embrumé de l’homme voyait comme des étincelles de pouvoir lui danser aux bouts des doigts. Il s’était bien senti observé à un moment ou l’autre, mais il supposait que c’était le Maître ou un de ses sbires qui s’assuraient de la bonne marche des évènements.
Voilà pourquoi il déambulait dans les ruelles sombres constituants cette zone des bas-quartiers de Lorgol sans le moins du monde se méfier.
Mais un sifflement rauque derrière-lui le fit sursauter. Maintenant attentif, il vit les deux Danseurs qui cabriolaient autour de lui. Instinctivement, il secoua sa chevelure selon une cadence et un mouvement bien précis, et une dizaine de Danseurs en tombèrent et entamèrent un ballet saccadé et douloureux.
Trop tard ! La danse de grâce a vaincu la danse de peine, et les étincelles bleues s’assemblèrent autour de l’Obscurantiste, l’emprisonnant entre des barreaux lumineux et translucides.
« Mage ! gronda une voix depuis une ruelle voisine. Pour avoir contrevenu au premier codat de la Charte cryptogrammique, qui impose la protection des Danseurs, moi, Censeur délégué par le Haut-Mage urguemand, je te condamne à une interdiction d’Emprise d’un an reconductible, ainsi qu’à une confiscation au mieux temporaire de tes Danseurs, édicta le Minotaure, le visage dissimulé par une toile noire.
- Pauvre fou, éructa l’autre. Tu penses vraiment pouvoir m’arrêter avec un minable tour d’Éclipsiste, moi, un Chorégraphe ? »
Les Chorégraphes sont des Mages incroyablement avancés dans la compréhension de l’Emprise. Ils sont parvenus à faire réfléchir leurs Danseurs comme une communauté et à les faire danser ensemble, tissant des sorts d’une puissance incroyable !
« Nul n’est au-dessus des lois, qu’il soit Chorégraphe ou simple Terne. Tu n’échapperas pas à ma sentence. Quand bien même tu te débarrasserais de moi, un autre prendrait ma place. Les Censeurs ne font jamais d’exceptions. Jamais… «
Un gargouillis étouffé se fit entendre de la même direction que le sifflement de tout à l’heure. Kertak marqua un temps d’arrêt, la figure imperturbable. L’autre partit d’un rire franc :
« Il me semble que ton espion vient de rendre l’âme. Mon Maître est venu te chercher. Quant à moi, il est temps que je te quitte. »
Et avant que le Censeur ait pu faire le moindre signe pour dissiper sa prison d’étincelles et agir, l’homme empoigna un de ses Danseurs et lui arracha la tête. Une gerbe semblant faite d’étincelles liquides, d’un noir vaguement lumineux, sourdit de l’acrobate décapité. Son maître disparut sans laisser la moindre trace, jusqu’au moment où Kertak demanda à ses Danseurs d’annuler l’enchantement. La scène fut à nouveau plongée dans le noir, et seul le Danseur mutilé et saignant gisait à l’endroit précédemment occupé par le Mage renégat, triste aveu de l’échec du Censeur.
Surgirent alors des ruelles environnantes une vingtaine de silhouettes humanoïdes, armées et vêtues de bric et de broc. Leurs mouvements étaient hachés, inhumain, comme s’ils étaient sous l’emprise d’un esprit supérieur qui les manipulait depuis l’ombre. Surpris de cette attaque, le Minotaure n’eut pas le temps de lancer ses Danseurs. Il empoigna sa hache double et la fit tournoyer autour de lui afin de faire reculer ses assaillants. Deux n’eurent pas le temps – ou la  volonté – d’esquiver le coup et s’écroulèrent, le torse broyé par la violence de l’attaque. Le Saisonnin était une ombre de fureur. Faisant appel à sa Flamme et au pouvoir des Muses, il s’entoura d’une aura lumineuse, se protégeant des armes de ses adversaires. Les lames ricochèrent et ne parvinrent guère à entamer le cuir du Censeur. Celui-ci bondissait, courrait, frappait, rompait, parait et entaillait à tours de hache, fendant les crânes et tranchant les membres des monstrueux pantins qui l’enserraient de toute part. Au bout de plusieurs minutes d’un combat épuisant, il ne resta plus aucun adversaire debout autour de lui.
Haletant, il se diriga vers le cadavre du Danseur. En le ramenant à l’Académie, il espèrait pouvoir retrouver son propriétaire grâce à la marque qui orne tous les Danseurs « déclarés » au Cryptogramme-Magicien. L’Inspiré sent italors un poids subit sur son dos. Un dernier pantin, qui s’était dissimulé, venait de lui sauter dessus. Il plaqua sa main frêle sur le visage du Saisonnin.
Kertak se figea, sentant sa Flamme s’atténuer et l’échos du chant des Muses s’altérer, se troubler. Le chœur de l’Harmonde, qu’il entendait depuis son inspiration sans même s’en rendre compte, devint cassant, dissonant tandis qu’il se rassemblait autour d’une voix à la fois unique et multiple. Une voix dont la puissance souffla littéralement le Minotaure et dont les échos semblaient être myriades. Kertak luttait, désespéré. Il savait les Muses moribondes mais était loin d’imaginer l’Ennemi si puissant.
«  Vois-tu, puissant Censeur, les Muses t’ont menti, comme elles ont trompé tant d’autres personnes. Regardes-toi ! Qu’es-tu sinon un pion entre les mains du Conseil des Décans ? Tu me combats, alors que je peux tant t’apporter… »
Le Conseil des Décans, cette assemblée de Saisonnins de toutes sortes qui chapeautait le combat pour l’Inspiration en octroyant les Flammes restantes à ceux qui en étaient dignes et qui luttait contre la Menace autant que faire se peut. L’homme est diablement bien renseigné s’il est au courant de son existence. Ce dernier continua :
« Que caches-tu au fond de ton être ? Quel est ce souhait que tu réchauffes à la chaleur de ta Flamme ? Oh, je sais bien ce qui te tourmente. Tu es seul, irrémédiablement, car seules les Abysses peuvent te fournir une compagne. Et moi, bien entendu. Car j’ai des liens avec les Hauts-Diables, et ils me doivent quelques services »
Un jeune homme encapuchonné se tenait près de Kertak. Sa beauté était époustouflante, pourtant le Saisonnin ne parvint pas vraiment à distinguer ses traits.
« Je n’ai que deux vraies allégeances, répond le Minotaure. Ma Dame, à qui je dois d‘exister, et les Muses, qui ont accordé à l’Harmonde la possibilité de mener ses affaires comme il l’entend. Nul discours ne trouvera grâce à mes yeux en dehors des leurs ! »
Il frappa l’homme d’un revers de sa hache, mais celui-ci n’était déjà plus là, et Kertak vit le pantin grimaçant qui l’avait attaqué par derrière tomber à ses pieds, l’œil perforé par un petit carreau d’arbalète et une rapière plantée en son sein.
« Mais qu’est-ce que tu attendais pour te débarrasser de cette larve ? demande Lublijana. Il n’était même plus armé !
 - En effet, nous nous posions des questions. Tu les avais tous massacrés en quelques instants et tu en laisses un t’escalader comme si de rien était, s’étonna le Satyre.
 - Je… Il m’a parlé et j’ai voulu écouter… Ce qu’il avait à dire. J’espérais en… apprendre plus sur notre affaire…
 - Ouais, grommela la Farfadine. Racontes-ça à un Onagre et il te déchaussera les dents à coups de sabots ! Tu es bien secret ces temps-ci. Tu nous faisais confiance avant.
  - Et c’est toujours le cas, affirma le Minotaure. Mais on en reparlera plus tard, décida-t-il en arrachant le masque noir dont il se couvrait le visage lorsqu'il exécutait une sentence cryptogrammique. Il faut que je prévienne la milice pour qu’ils évacuent les cadavres et que j’aille signaler le résultat de cette affaire à mes supérieurs. Quand à toi, amie, tu devrais aller faire de même auprès de la Baronne Ewelf sans tarder. C’est bien elle qui t’avait mise sur la piste, n’est-ce pas ?
 - Oui, en effet.
 - Un jour, il faudra que je comprenne comment elle fait pour être si bien renseignée, soupira Sorofrêne.
 - Tu peux toujours tenter de gager sa couche, proposa Lublijana dans un sourire
 - Je me garderai bien d’une telle folie ! Je ne sais pas très bien dans quel état j’en ressortirais. La béatitude risque d’être intense, mais brève…
 - Sans parler que son époux est un Censeur, et haut placé qui plus est !
 - Effectivement, et quand on voit la manière dont ils se débarrassent de ceux qui leur déplaisent, acquiesça le Satyre en contemplant les cadavres qui jonchent les environs, ce n’est pas très enthousiasmant.
 - Bon, si on allait boire un coup pour fêter la libération des Danseurs ? Les rapports peuvent attendre un peu, suggèra La Farfadine.
 - Bonne idée ! s’exclama Kertak. « L’étincelle » n’est justement pas loin !
 - Quoi ? Un bar de Mages ? Non, mais t’es pas bien ? sursautèrent ses deux compagnons. La dernière fois, on s’est battu avec un Ogre qui refusait de nous laisser valser sur les tables.
 - Vous étiez rond comme… comme des mercenaires en permission ! rétorqua le Censeur, vexé.
 - Et alors ? s’étonnèrent les deux autres.
 - Bon, d’accord. Allons ailleurs.
 - Je savais que tu te rallierais à notre incommensurable bon sens, le complimenta Sorofrêne. Lublijana, ma douce beauté, nous te suivons. Étonne-nous !
 - Avec plaisir… »

Les trois amis se remirent en marche en riant, tout à l’idée de la bringue qu’ils comptaient bien s’offrir durant cette nuit.

Mais les paroles du jeune homme magnifique résonneront longtemps dans l’esprit de Kertak Tendrami, Minotaure et Censeur du Cryptogramme-Magicien. Un jour, peut-être, il arrivera à saisir ces accords dissonants dans la trame du monde. Peut-être un jour sera-t-il au diapason ? Il tremble à cette idée. Mais en deçà, la solitude continue son travail de sape, rongeant lentement les convictions de l’Inspiré.

«  Un jour, il comprendra. Ils comprendront tous. Et le Drame pourra commencer… ! »

par Altrast publié dans : Jeux d'histoires communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mercredi 30 avril 2008
Douze notes de l'écho du temps qui chantent à nos oreilles, douze gouttes qui coulent de la Lune

Onze feux crissant de onze étincelles. De leur voix naîtra la sagesse

Dix buissons de fougères en rond, et dix femmes hurlant à la vie

Neuf fantômes bruissant autour de la faux, leur complainte effraye les vivants
Neuf êtres effleurent le monde et en sont chassés

Huit chemins retrouvés sur la route des âges, et autant de souvenir perdus

Sept terres brûlantes au soleil de minuit fument une brume sale

Six abris de pierre payés par la guerre aux portes du pays

Cinq lumières dansantes dans les yeux de l'aimante, et cinq soupirs partagés

Quatre chenilles de fer convergeant vers la même source aux cris des roitelets

Trois hommes à tête de sanglier fouissant les glands de la sagesse, trois serpents de la terre surgissent

Deux tertres sous la lune claire cliquetant des bois des trépassés
Deux quenouilles pour filer la trame du Tonkad

Un en trois est toujours, et un est le chiffre du monde
Car le un n'est que fin de rebours et ultime commencement
par Altrast publié dans : Faerie communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mercredi 30 avril 2008
Things are changing
But nothing changes



J'ai déjà écrit ceci ailleurs. Cela me permettra de faire le lien, le pont, de boucler la boucle (en forme d'Ouroboros, comme il se doit).

Et comme cela, je pourrai dynamiter avec délectation un autre lieu d'épanchages.

Ne nous leurrons pas, la récupération sera de mise dans un premier temps. J'avais surtout envie d'un espace plus malléable où déposer mes morceaux de trucs plus ou moins morts et collants.

Mes boggâneries, mes stupidités d'être croyant aux Fae et atteint du "Nice Guy Syndrom".
Yep, je suis un geek et j'assume. Je le vis même très bien !
Bouts d'étoffe laissés là, parties d'un tout que je préfère voir éclaté, fragments de rêves et de visions de mondes lointains, échos de rires fracassants et de peurs assourdies.

The gift of a fairytale...
Que celles et ceux qui, au fil des temps, m'avaient laissé de petits mots ne soient pas vexés. Après tout, je leur offre la possibilité d'en refaire d'autres ! Comment ça, je suis optimiste ?


Et par les couilles de Siegfried, celle du Grand Cornu et la barbe de Bonisagus, j'espère que vous serez ici comme dans un fauteuil confortable, avec un soupçon d'encens flottant dans l'air, la chaleur d'une tasse remplie de ce que vous voudrez, le doux bruissements de l'eau sur la pierre et du vent dans les feuilles, la rumeur de pensées agréables...


Et le bouillonnement d'un chaudron de sorcière !



Can you feel alive today ?
par Altrast publié dans : Initiation
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