Dimanche 10 avril 2011 7 10 /04 /Avr /2011 22:52

 

*Le texte suivant se trouve dans un coffre de pierre rangé bien au fond d’une ziggourat dans le domaine de Tezcatlipoca. Les feuillets sont d’une sorte de papyrus récent mais honteusement taché d’on préfère ne pas savoir quoi. Le tout reste globalement lisible. Il s’agit d’une sorte de journal intime. Une jolie collection d’articles de journaux vantant les mérites du « Génial Enquêteur Amacui » est jointe au carnet. Certains passages ont été fluorés en vert. *

 

Je suis un détective depuis l’âge de 12 ans. Depuis le 6 février 1993, jour  où mon meilleur ami Mactzin a perdu son bracelet fétiche, dernier souvenir de sa mère décédée. Il le cherchait depuis 2 semaines. Il m’a fallu dix minutes pour le dénicher. Depuis cette histoire, les gens de mon village sont sans cesse venus me demander de retrouver leurs affaires perdues. Ca me faisait bizarre, parce que d’habitude, on m’évitait plutôt. Faut dire que je n’ai pas de père, ça n’aide pas. Non, je ne veux pas seulement dire que ma mère ignore qui l’a mise enceinte, je veux dire qu’aucun homme ne l’a jamais approchée. Elle vivait travaillait dans le couvent qui l’avait recueillie orpheline, alors vous pensez si les hommes trainaient souvent autour d’elle… Je parie que ma pauvre mère ne savait même pas à quoi ressemblait un pénis avant de voir le mien à la naissance. ‘Fin bon, évidemment, après ça, ça le faisait moyen de rester au couvent, alors quand j’ai eu 15 ans, on est parti s’installer à la ville. A Mexico City, même, directement. Maman a retrouvé du boulot, et je suis allé à l’école, dans un collège anglais (St Trinity College). La seule chose véritablement intéressante que j’ai retenu de mes études, ce sont les leçons d’escrime.
                On se payait ma tête au début, mais ça n’a pas duré. Pas après que j’eus innocenté un de mes camarades qu’on accusait d’avoir dérobé des copies d’examens. C’était facile de deviner que le maître les avait laissées traîner à côté de ses vieux journaux et que son serviteur analphabète les avait mises au rebut. Inutile de dire que ma popularité monta en flèche, autant auprès des professeurs que de mes condisciples.

                C’est à l’âge de 20 ans, alors que j’étais en deuxième année de criminologie, que j’ai commencé à devoir obligatoirement occuper mon cerveau. Il m’était facile de deviner de nombreux secrets que mon entourage pensait avoir dissimulé habilement, mais si je ne voulais pas me fâcher avec tout le monde, il me fallait concentrer mes facultés d’observation à quelque chose d’autres que l’analyse des faits et gestes de mes contemporains. Les mots croisés ne m’excitant guère, je me suis tourné vers le crime. J’ai dérobé ma première statuette amérindienne dans le principal musée de la ville avec une facilité déconcertante ; simple comme bonjour d’étudier les rondes des gardes, la disposition des caméras ainsi que les meilleurs endroits pour se laisser enfermer. Encore plus aisé de planquer la statuette à l’intérieur du musée, de ressortir avec les premiers visiteurs et de venir la récupérer un mois plus tard, quand les recherches se concentraient sur un cambrioleur multirécidiviste de passage en ville et dont on avait retrouvé l’ADN sur plusieurs portes (c’est fou tout ce qu’on peut obtenir simplement en graissant la patte de quelques employés d’hôtel mal payés…) et se déroulaient à plusieurs kilomètres du musée.

                J’ai gardé la statuette un an complet, avant de la restituer en secret (et en voyageant sous une fausse identité) au village bordant le temple où elle avait été découverte. Je m’étais déniché deux passions qui venaient s’ajouter à mon goût de toujours pour l’enquête et la criminologie : les cambriolages et la restitution de biens culturels. Mais afin de pouvoir transformer ces passions en mode de vie, il me fallait un moyen de gagner de l’argent.

                Une série de crimes sanglants faisait la une des journaux des USA et du Mexique. La police locale, rapidement dépassée, avait été remplacée par des enquêteurs fédéraux, qui patinaient tout autant mais ne l’auraient admis pour rien au monde. Je me suis rendu sur les différentes scènes de crime. Je suis entré en contact avec plusieurs journalistes qui suivaient le dossier. Mon statut d’étudiant en criminologie m’a même permis d’entrer en contact avec les détectives et agents fédéraux qui bossaient sur cette affaire. J’ai bien entendu photocopié autant de documents que possible et pris des tonnes de photo. Une semaine après, je transmettais au FBI une suite de preuves imparables pouvant accuser deux suspects, et je leur demandai leur aide afin de trancher mes hésitations. Ils m’ont envoyé promené (comme je l’avais prévu) et se sont précipités sur la cible la plus évidente (qui n’était qu’une fausse piste créée de toute pièce par mes soins), alors que je me rendais, accompagné d’un journaliste courageux (ou inconscient) dans la tanière du véritable meurtrier. Nous ne l’avons pas arrêté immédiatement, hélas. Il a eu le temps de planter un hachoir dans la tête de mon compagnon. J’ai attrapé une chaise et l’ai fracassée sur le monstre, qui s’est écroulé. Puis je me suis acharné sur lui jusqu’à ce qu’il tombe dans les pommes. Après, seulement, j’ai appelé les secours.

                En deux jours, j’étais devenu une vedette courtisée par tous les talk-shows américains. Des éditeurs me faisaient des ponts d’or pour que je publie le récit de mon enquête chez eux. Hollywood désirait déjà racheter les droits d’adaptation. Alors j’ai disparu pendant un mois. Je suis réapparu 4 semaines plus tard dans le commissariat sis 21 Jump Street, Washington DC, avec l’adresse d’un autre tueur en série nommé « le kabbaliste » (parce qu’il semblait performer d’étranges rituels en tuant ses victimes et qu’il laissait derrière lui des citations de la Thorah). Après son arrestation, ma réputation de super détective était faite, tout comme ma modestie s’établit rapidement, ce qui contribua à me rendre éminemment sympathique aux yeux du public et des forces de police (je ne donnais pas l’impression de leur voler la vedette). La vérité, c’est que j’adorais me retrouver sous les feux de la rampe, mais j’étais suffisamment habile pour ne pas le montrer.

J’ai écrit un livre narrant ma deuxième enquête. Les royalties continuent de payer mon loyer. Avec l’avance de l’éditeur, j’ai acheté un deux-pièces que j’ai transformé en bureau dans un quartier populaire de la capitale américaine. Je me suis installé comme détective consultant.  Je trie soigneusement les affaires qu’on me soumet et n’accepte que celles qui représentent un intérêt profond, mais j’adapte toujours mes honoraires demandé aux bourses de ceux qui me consultent.

                Et entre deux affaires, quand je suis contraint à l’inaction par l’inanité des crimes qu’on me soumet et que mon cerveau ne cesse de ressasser tout ce qu’il apprend inconsciemment au sujet des êtres humains que je fréquente, je pille les musées. C’est ma petite détente, le moment où je me défoule pour contourner des systèmes de sécurité toujours plus perfectionnés et des gardes de plus en plus nerveux. Je me suis fait un nom dans ce milieu également, ou plutôt une absence de nom. Je suis « Ombre en flux » et ceux qui cherchent à me contacter peuvent laisser un message sur certains forums très particuliers. Si le code est bon, je déroberai ce qui m’est demandé, contre une somme d’argent variable dont je reverse systématiquement la moitié à diverses organisations luttant pour les droits des Amérindiens. Et quand ni le crime sur commande ni la police ne me fournit de quoi captiver mon attention, je vole et restitue des objets d’arts aux cultures à qui on les a volés scandaleusement !

                Je ne sais pas si c’est mon intérêt pour mes origines ethniques ou mes talents particuliers qui ont poussé mon père à se manifester. J’étais dans mon bain. Une superbe jeune femme m’attendrait bientôt devant un cinéma. En sortant de la baignoire, mon regard a été attiré par une forme étrange à la fenêtre. Je me suis précipité et me suis écorché le doigt sur une écharde. Une goutte de sang tomba sur le poncho bizarre en plume que m’avait offert (en insistant lourdement malgré mon refus) une vieille Indienne lors d’un de mes derniers séjours au pays. Et un truc vraiment weird s’est passé : une sorte de serpent géant et volant est sorti du poncho et s’est… incliné ? devant moi. Il parlait d’une voix sifflante et en Nahuatl (par chance, une langue que je maîtrise). Il m’a appelé « maître » et m’a demandé de verser un peu de mon sang sur le miroir de la salle de bain. Je ne comprenais rien, mais vu la taille de la bête, j’ai préféré obéir. J’ai écrit mon nom sur le miroir. Il s’est mis à fumer. Avant de comprendre quoi que ce soit, j’en avais inhalé une grande bouffée et je suffoquais sur le sol, crachant mes poumons, les yeux brûlants. J’ai cauchemardé pendant… je ne sais pas, des heures ? J’étais au sommet d’un champ de bataille dantesque où des monstres tentaculaires dévoraient les hommes et où des géants poussant des cris de jaguars arrachaient des appendices par milliers. Le sang giclait en gerbes gigantesques qui frappaient le sol avec violence, recouvrant la totalité du paysage. Et un homme au regard fou, une écume rougeâtre aux coins des lèvres éructait des insanités qui galvanisaient ses troupes. Il s’est alors tourné vers moi et a plongé son regard dans le mien. Je me suis vu. Vu dans ses yeux, à l’état de semence, puis d’embryon. J’ai vu toute ma vie défiler devant moi et je suis devenu fou alors que je comprenais pourquoi j’avais grandi sans père.

                Je me suis réveillé dans ma baignoire, remplie d’une eau glacée et sanguinolente. Sur le poncho de plumes, le serpent gigantesque était lové, me regardant avec attention. Sous lui reposait une épée d’un noir brillant, un cadran solaire, un livre et une amulette. Dans le livre, une affiche annonçant la prochaine exposition d’art aztèque dans un petit musée régional. Le clou du spectacle était une vasque rituelle ayant servi à des sacrifices humains visant à apaiser Tezcatlipoca. Je savais ce qu’il me restait à faire. J’empoignai mes nouveaux jouets, flattai les écailles du Coatl et m’élançai dans la nuit.

 

                Mon père ne m’aime pas, je le sais. Il se rend compte que je n’accomplis les sacrifices qu’il exige qu’avec une grande répugnance. Tuer des gens en dehors de la légitime défense est sans intérêt en ce qui me concerne. Ce qui me sauve, c’est que j’ai délivré plus de reliques que n’importe lequel de mes frères ou cousins avant moi, et d’après ce que j’ai compris, c’est une activité très utile, peut-être même vitale en ce moment. La guerre fait rage et même le monde des hommes semble être touché.

J’ai tué un protoblob visqueux et vorace la nuit dernière. Il m’attendait en embuscade dans le manoir du Baron Von Schwarzenstein, dont je devais alléger la collection privée d’un délicat peigne ouvragé d’origine chinoise. Probablement un arrangement entre mon père et un dieu étranger (je devais remettre l’article à un certain Tommy Lee.) La bestiole était coriace et j’ai eu toutes les peines du monde à m’en débarrasser.

                Ma réputation d’enquêteur est devenue mondiale. Je pense qu’une bonne partie des gens fréquentant au moins un média savent qui je suis. La moitié d’entre eux a lu mon livre, si j’en juge par mon compte en banque.  Mon nom est entré au dictionnaire des noms propres et j’ai dû refuser d’être immortalisé au musée de Mme Thussaud.  J’ai été engagé pour retrouver la fille de l’ambassadeur du Japon en Australie. Je l’ai récupérée au pied du mont Uluru en plein trip mystique. Je l’ai laissé redescendre de ses hauteurs spirituelles en écoutant les Abo jouer du Didgeridoo. Ramener la fille n’a été qu’une formalité, mais je connais assez les traditions japonaises pour savoir que son père me doit une grosse faveur. Qui sait, ça me servira peut-être un jour…

                Je l’ai enfin coffré ce salopard ! Deux ans que je le traque, deux ans que je sais pertinemment que c’est lui qui a gaulé L’adoration des Mages de Rubens juste avant que je ne m’en empare. Finalement ça a été assez simple : il m’a suffi d’à nouveau implanter des preuves l’incriminant dans un de mes propres casses. Il a été totalement affolé de voir que la police retrouvait effectivement l’émeraude de Rawaj Putallah dans son coffre privé à la banque. Après mes multiples interviews auprès de journaliste très sérieux, j’ai bien entendu fait une noce de tous les diables histoire de donner du grain à moudre aux journaux people. C’est ma philosophie, ça, si je peux faire profiter plus de monde de ma présence, j’ai moins de chances de léser quelqu’un !

 

Description physique

                Xolotl est, sous sa forme naturelle, un pur produit amérindien : cheveux longs et couleur aile de corbeau, teint buriné, pas très grand, costaud mais avec des membres déliés qui lui confèrent une élégance naturelle lorsqu’il se déplace et une démarche pleine d’assurance décontractée. Toujours tiré à quatre épingles (vive le talent « sur mesure »), il accumule en parallèle les fausses identités (et tout aussi faux visage), ce qui lui permet de vivre 100 vies différentes dans une seule. Ses dons de métamorphose lui permettent d’exercer un contrôle absolu sur son image : seules les photos, vidéos et interviews qu’il accepte seront diffusées. Les autres afficheront une couleur d’yeux qui ne sera pas la sienne, un visage légèrement plus anguleux, une crête de punk en guise de chevelure, etc., comme si le photographe/caméraman avait mal calibré son objectif ou comme si les journalistes avaient voulu faire passer un sosie maladroit pour l’original.

 

                L’Ombre en Flux, par contre, n’a pas de visage. Tous les contrats, livraisons et paiements se négocient  à distance par l’entremise de forums de discussions en apparence banals (la cuisine pour les nuls, plusieurs forums parlant de problèmes intimes des adolescents, une hotline de SOS Suicide, un forum dédié au folk-rock celto médiéval, un autre rassemblant les fans de modélisme, etc.). L’Ombre en Flux n’a jamais dévoilé son visage à la moindre caméra de sécurité ou au moindre vigile, aussi perfectionnée ou attentif soient-ils. La seule personne à avoir aperçu l’Ombre en Flux est Carmen Sandiego, la légendaire voleuse qui a inspiré jeux vidéo éducatif et série animée (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Carmen_Sandiego.)


Description psychologique

Je suis un putain de show-off. J’adore la gloire, j’adore faire la fête, j’adore être excessif. Mais comme je me rends compte que tout cela est profondément vain, je transforme le tout en grand jeu de dupes où je trompe tout le monde, sur ce que je suis, sur ce en quoi je crois, sur ce à quoi je ressemble. Ma véritable personnalité est cachée profondément sous des couches d’inventions et de mensonges : je suis un gentil. Un gentil qui s’ennuie et qui s’invente de dérivatifs très particuliers, mais un gentil tout de même. Et par-dessus tout, j’ai envie de vivre, vivre à fond, sans me poser de questions : j’aime boire et fumer et baiser et danser. Hélas pour moi, je ne suis absolument pas insouciant, alors je recours à des artifices pour ne pas prendre de risques. Et je mens plus que probablement à nouveau. Les enquêtes me passionnent parce qu’elles me permettent d’utiliser à plein rendement mes facultés d’observation et de déduction. Les vols sont devenus une drogue parce que j’y trouve un frisson et une tension inexistants partout ailleurs. La cause amérindienne me préoccupe parce que je suis outré de voir ce que mon peuple et les peuples frères ont subi et continuent de subir (la découverte de mon héritage n’a fait que renforcer ce sentiment.)

Je me doute aussi que la belle vie ne durera pas. En même temps que ma gloire augmentait, je me suis senti monter en puissance, mais j’ai aussi pris conscience de menaces de plus en plus périlleuses qui s’amoncelaient  dans les franges et les bordures du monde, des périls qui deviennent de moins en moins discret et qui s’en prennent de plus en plus ouvertement aux mortels. Je sais que je suis incapable de les protéger seul, alors je me sens de plus en plus prêt à prendre une part plus active dans la guerre qui se répand, même si je ne sais pas exactement quel rôle je vais pouvoir y jouer et que je redoute les demandes démesurées de mon père et de certains de mes oncles et tantes. D’autant que je n’ai pas l’impression d’être en odeur de sainteté dans la famille, sauf peut-être auprès de Quetzalcoatl : j’ai appris en effet qu’une de mes reliques, Tlaciuhqui, était en fait un présent de sa part et que c’est lui qui m’a confié le Coatl qui m’accompagne parfois. Je ne sais pourquoi il a agi de la sorte, mais je sais que ça a contribué fortement au fait que mon père me méprise le plus souvent ouvertement…

Par Altrast - Publié dans : Jeux d'histoires - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Vendredi 30 juillet 2010 5 30 /07 /Juil /2010 20:22

Et oui, je continue à lire. Pour dire le vrai, j'ai même été pris d'une fringale de lecture que je n'ai pas pu assouvir faute de trouver les livres que j'aurais souhaité dénicher (mais bon, c'est de ma faute aussi, quelle idée de vouloir trouver un bouquin qui n'est plus édité depuis 20 ans...)

 

Ca ne m'empêchera pas de vous infliger un aperçu de certaines lectures récentes et de ce que j'en ai pensé !

 

 

On commence avec Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de Mary Ann Schaffer et Annie Barrows :

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51KCLqLYGNL._SS400_.jpg

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre si ce n'est que ma maman m'avait dit "ce livre est une petite perle !"

Et en matière de lecture, j'écoute toujours ma maman. nous n'avons pas nécessairement les mêmes goûts, mais on se déçoit rarement...

Et encore une fois, je me suis fait avoir. Celles et ceux qui connaissent ma relative aversion pour la cheesy mood de certains films pourront à raison s'étonner que j'aie marché dans ce livre aussi facilement, et pourtant, oui je le redis : je me suis fait avoir. Tout doucement. Innocemment. Par petites touches. Le fait qu'on ne nous donne à lire que des lettres y a été pour beaucoup. La qualité d'écriture de ces lettres, distillant parcelles d'humour tendre, anecdotes anodines ou horribles, fut aussi un élément très apprécié. Pas de lourdeur de style, mais un simple et évident plaisir de raconter et de dérouler une galerie de personnages qui ne sont pas tous inoubliables (j'ai eu du mal à distinguer certains intervenants d'un moment à l'autre), mais qui semblent tous authentiques. Une histoire convenue, très certainement. Une fin prévisible, mais ce n'est pas cela l'important (pour une fois). L'important c'est la façon dont est traité un certain passé, comment on vit avec, comment on s'en débarrasse, comment on continue à faire bouillir des philtres magiques ou à soigner les cochons. Surtout, comment on continue à lire et à être changé par la lecture, même si on lit le même livre depuis des années.
Ce n'est pas un livre sur la lecture, c'est un livre de lecteurs qui vire au récit de tranches de vie souvent cocasses, parfois poignantes.

Sans doute pas le livre du siècle. Mais un livre qui, vraiment, instaure un sentiment riche quand on l'apprécie. Et qu'on regrette de terminer...

 

 

On part visiter notre propre monde dans une version aliénée avec Chromozone, T.1 de Stéphane Beauverger :

http://www.decitre.fr/gi/27/9782070357727FS.gif

Et on prend une grosse grosse claque dans la gueule. Si vous avez apprécié les deux putain de tuerie totale que sont les romans d'Alain Dammasio (thank's Lys !), vous devez comme moi être relativement confiant quand vous voyez qu'un bouquin a été édité aux éditions La Volte. Puis de toute façon, vous lisez la première page de Chromozone et vous savez que vous n'allez plus décrocher : ça envoie du bois sévère. C'est lyrique, ça pue la violence, l'injustice, la maladie et l'espoir glauque et malsain de communautés vivant repliées sur elles-mêmes depuis qu'un virus informatique a renvoyé l'humanité à l'âge de pierre. Depuis on s'est reconstruit, mais comme on aime bien se regarder le nombril, on l'a fait en suivant une myriade d'idéologies plus ou moins dogmatiques et religieuses en se faisant sponsoriser par les premiers grands cartels qui ont fait leur réapparition.
Je vous avais dit que ça sentait bon la merde à venir et le sexe bon marché avec des filles bizarres, les raids sur les usines pharmaceutiques, les zombies décérébrés, les gunfights et les émeutes sanglantes, hum ?

Et ben c'est encore mieux que ça.

La narration est assez alambiquées et tourne autour des destins pas exactement parallèles de différents personnages. On passe de l'un à l'autre, pas avec la même classe que dans La Horde, mais avec le même plaisir, surtout lors du final en forme de baroud d'honneur sanglant.
Faut aimer la tripaille politique. Et moi j'aime !

 

On change de registre (encore que...) avec un Comic's que m'a filé mon ami Chuz. Chuz, c'est un peu comme ma mère niveau lecture, mais en plus, il est rôliste, donc ne me file que des trucs de geek trop bien. Et là, après m'avoir fait lire l'intégrale de Tank Girl (je vous conseille tout, même le film tout bizarre et mal fait) avec son lot de destruction massive de tout et n'importe quoi (mais surtout d'innocents), de mutilation sexuelles de kangourous ("elle c'est Tank Girl. C'est ma fiancée. Enfin, moi je l'aime, et elle, parfois, elle met de l'eau bouillante dans mon slip") et d'ingestion de binouze, ledit Chuz me sort une BD cartonnée ornée d'un simple U.S. en rouge sur fond bleu sombre en me disant "Ker', il faut que tu lises ce truc, ça mériterait d'être utilisé dans Scion tellement c'est cool, mais j'ai dû faire des choix" :

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/7/4/9782809413472.jpg

On reprend une tatane de Mister T dans la face.

Un vieillard portant un haut de forme et un pantalon rayé éructe dans une salle d'hôpital. il est mis à la porte. il n'est sans doute qu'un clochard délirant.

Mais ce clochard rêve. Ou il se souvient. Il sait qu'il a été la grandeur d'une nation. il sait qu'il a fait des erreurs. il sait qu'ils ont fait, eux tous, des horreurs. Il sait qu'il a échoué. Il sait qu'il croupit dans la pisse et dans l'indifférence d'un pays dont il n'a pas su tenir les promesses pleines d'espoirs et de désir de liberté.

Il sait qu'il est coupable de tout ce qu'a fait le pays.

Il sait que l'esclavage n'a jamais été aboli malgré la victoire de l'Union.

Il sait qu'ils auraient dû prendre soin des Sauvages.

Il sait que tout est de sa faute. Et il rêve, délire ou se souvient. De tout. En permanence. De cette femme qu'il aime et qu'il a quittée (ou qui l'a quitté). Du connard qui vient de lui piquer ses bottes et son chapeau alors qu'il baignait dans son vomi. Du pauvre gamin qu'il n'a pas pu aider parce que la seule eau disponible venait d'une rivière dans laquelle les ennemis chiaient et pissaient.

Il sait que l'Oncle Sam qui défile en ce moment pour accompagner un futur sénateur n'est qu'un clown. Ou bien est-ce un rappel, un avertissement de ce qu'il est devenu, de ce qu'il aurait pu devenir ? Il sait quand on l'aide et quand on veut l'acheter. Alors il sait qu'il se battra, même s'il a déjà perdu...

 

Lisez cette BD. Elle m'a déprimé pour plusieurs jours, mais je ne regrette absolument rien (Uncle Sam de Alex Ross et Steve Darnall)

Par Altrast - Publié dans : Inspiration - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Vendredi 30 juillet 2010 5 30 /07 /Juil /2010 20:19

Vocation : Enquêteur (de l’) étrange

Nature : Ange gardien

Panthéon : Nemetondevos

Dieu : Sucellos

Attributs (attributs épiques)

Force 3, Dextérité 3 (1), Vigueur 3 (1), Charisme 3 (1), Manipulation 2, Apparence 3, Perception 4 (1), Intelligence 3 (1), Astuce 4 (1).

Compétences

Culture 2, Athlétisme 3, Vigilance 2, Corps-à-corps 2, Empathie 3, Intégrité 2, Investigation 3, Tir 3, Mêlée 3, Occultisme 1, Politique 2, Présence 3, Discrétion 1.

Privilèges

Guide (Ana, esprit de repentance) 3, Ordos Anation (le marteau des âmes : Mort, Psychopompe, quand frappe une surface, tous les coupables d’un crime de sang depuis 48h tombent au sol) 4, Créature (Bran, Corbeau blanc intelligent et bavard) 2.

Talents

Auto-guérison (Vigueur), Charrmeur (Charisme), Adversaire intouchable (Dextérité), Sens télescopiques (Perception), Maîtrise des langues (Intelligence), Investigateur intuitif (Astuce).

Dons

Mort (Sens de la mort), Psychopompe (Orientation surnaturelle, où es-tu ?)

Vertus

Courage 1, Endurance 1, Loyauté 4, Vaillance 3.

Volonté 7

Légende 3 (9/9)

Absorption 1C, 3 G, 4 S

Divers : MV 4/10, Saut 6/12, Soulèvement 225Kg, VD esquive 5, parade 3/2/5

Armes :Ordos Anation (7, 6S, 3, 4)

                Glock (7, 3G, -, 4, 20m)

Armure : Gilet pare-balles (+2S/+2G)

 

Historique

Luc Darnellos est un fin limier. Habile policier, interrogateur subtil, enquêteur loin au-dessus de la masse des inspecteurs de la police nationale, il ne reçoit que des rapports positifs de ses supérieurs (sauf les rares fois où son sens de la justice l’a amené à recourir à des solutions frôlant l’inégalité, mais il s’est toujours débrouillé pour éviter de subir les foudres de l’I.G.S.)

Et en plus, Luc est sympathique et pas trop mal fait de sa personne sans être d’une beauté ravageuse, ce qui lui attire les attentions de femmes discrètes, naturelles, mignonnes et intelligentes sans lui valoir les regards envieux des hommes moins séduisants. Il n’a jamais réussi à faire durer une relation au-delà de quelques mois, mais a toujours gardé un bon contact avec ses anciennes petites amies. Sans compter qu’il aime assez faire la fête et qu’on sait qu’il termine souvent ses épisodiques soirées de célibataire aux petites heures dans un état plutôt avancé.
                Ce qui plaît tant chez lui, en fait, c’est qu’il sait aussi bien écouter que conseiller. Vous avez un petit ou un gros tracas dans votre vie : allez trouver Luc. Vous avez besoin d’une épaule pour pleurer ou d’un compagnon de cuite, allez sonner chez lui. Votre femme vous a mis à la porte ou votre mari vous bat, il vous accueille à bras ouverts.

Par contre, personne ne sait vraiment grand-chose de lui. Pas qu’il soit particulièrement secret ou mystérieux, mais c’est surtout qu’il donne toujours l’impression de ne pas trop savoir quoi raconter. On sait que ses parents sont morts dans un accident de voiture alors qu’il avait 13 ans et qu’après ça, il est passé de famille d’accueil en famille d’accueil, jusqu’à être déclaré mineur émancipé à l’âge de 17 ans. Il a commencé des études de droit en travaillant comme barman pour payer ses études, mais que comme ça ne suffisait pas, il a dû arrêter et est entré à l’école de police, institution où il fait une brillante carrière désormais, à tel point qu’on lui demande parfois d’assurer un cours ou une formation.

Bref, Luc donne l’impression d’être un jeune homme tout à fait équilibré, bien dans sa tête comme dans son corps (il pratique l’escrime depuis son plus jeune âge et cette habitude lui permet d’afficher un corps souple et résistant sans muscles disgracieux) et particulièrement compétent et enthousiaste quant à son métier.

Pourtant, tout n’est pas si rose. Ou plutôt tout n’est plus si rose depuis qu’il a tué cette femme par erreur. Ce n’était pas vraiment sa faute, mais ce n’était certainement pas celle de la femme non plus… Attendez que je vous raconte.
Cela faisait plusieurs mois que la brigade criminelle était sur les dents. Des agressions sauvages étaient perpétrées aux quatre coins de la ville : des personnes d’âges et d’origines différentes se faisaient attaquer à la nuit tombée et leur agresseur les mutilait gravement, prélevant souvent un morceau de la victime avant de s’enfuir dans la nuit. Qu’il s’agisse d’un œil, d’un doigt, d’un orteil, des dents, d’une oreille ou les dieux savent quoi encore, on retrouvait parfois ainsi défigurées trois ou quatre victimes chaque nuit sans que la plus petite piste soit offerte aux enquêteurs. Inutile de dire que la peur frappait la ville et que tous les flics de la brigade se faisaient remonter les bretelles par leur hiérarchie à chaque attaque. La presse lança même une rumeur sordide, expliquant que le coupable était probablement un policier couvert par ses collègues et que c’était pour cette raison que l’enquête n’avançait pas…

Luc fit pourtant une découverte qui aurait dû permettre l’arrestation du sauvage criminel : à l’aide du rapport de médecine légale et de la police scientifique, il dressa le profil probable du mutilateur. Ensuite, alors qu’il repassait par dépit le dossier de la première agression, il réalisa soudain qu’il avait probablement eu le coupable sous les yeux et qu’il lui avait même serré la main : il s’agissait de l’oncle de la première victime. Tout concordait : l’homme était un médecin réputé, ce qui expliquait la précision et la rapidité des mutilations ; sa profession expliquait aussi la présence de talc sur certaines victimes, de même que les résidus de formol venaient sans aucun doute des récipients où il conservait ses macabres trophées. Luc transmit ses conclusions à son équipe et un mandat d’arrêt et de perquisition furent délivrés sans difficulté par le juge d’instruction.

Alors que les forces de l’ordre arrivaient au domicile du médecin, l’horreur les attendait : des dizaines de flacons remplis de lambeaux de corps ou d’organes étaient soigneusement rangés sur les étagères du sous-sol. Mais de l’oncle maléfique, aucune trace : il avait mis les bouts ! De rage et de frustration, Luc déserta la scène de crime et rentra chez lui.

Ce que tous ignoraient, c’est que le médecin du crime observait le manège policier qui avait pris possession de sa demeure. Il identifia sans peine le flic qui avait émis des soupçons à son égard : Luc. Aussi le malade, se sachant repéré, changea-t-il son mode opératoire : il entra par ruse chez une femme habitant non loin de Luc et la prit ainsi que ses enfants comme otage. Menaçant de torturer et de tuer ses deux filles, il contraint la femme à s’armer d’un couteau de cuisine et à aller agresser le vieux voisin du policier. Evidemment, Luc se trouvant chez lui, il entendit le vacarme de l’attaque maladroite et se précipita dans l’appartement, d’à côté, tombant sur une scène surréaliste : une femme qu’il ne connaissait absolument pas était sur le point de planter un énorme couteau dans le ventre de son voisin. Estimant qu’il était trop tard pour les sommations d’usage, Luc dégaina son arme de service et fit feu, touchant la femme dans le dos et lui perforant un poumon.

Alors qu’elle agonisait sur le plancher, elle sanglotait sans cesse : « mes enfants… mes enfants… ». Luc ayant appelé les secours, il interrogea la femme avec douceur et apprit autant son histoire que la réalité de l’acte qu’il venait d’accomplir : au mépris du protocole d’intervention, il avait fait feu, blessant gravement une innocente. Pour ne rien arranger, la femme décéda avant d’arriver à l’hôpital et on retrouva le corps de ses enfants atrocement mutilés dans l’appartement vide. Le véritable coupable courait toujours.

Luc fut mis à pied le temps de l’enquête de l’I.G.S. visant à déterminer les responsabilités pénales de son intervention. Son patron lui a assuré que, au vu de ses états de service excellents, il était probable que tout cela se tasserait. Mais le jeune policier, lui, se sentait atrocement coupable de son manque de discernement fatal. Il se barricada chez lui et entreprit de rédiger sa lettre de démission, qu’il ne put pourtant se résoudre à terminer. Il ne répondit plus au téléphone ni aux coups de sonnette et fit le mort, le temps de panser ses blessures.

Chaque nuit, il revivait la scène. Au début, tout se passait tel qu’il l’avait vécu. Progressivement cependant, des éléments changèrent : l’appartement voyait son mobilier se modifier jusqu’à devenir primitif, les cheveux de la femme s’allongèrent et se firent de plus en plus hirsute. Les vêtements des protagonistes eux-aussi changeaient : après un mois de cauchemar, Luc était vêtu de braies et portait une sorte de cape de couleur brune ne couvrant que son torse. Le déroulement des événements était également altéré : rapidement, il n’y eut plus que deux protagonistes, la femme inconnue et lui. Il s'apprêtait à la violer, mais elle se défendait bien, aussi la menaça-t-il de sa lance pour la calmer, mais en se débattant pour la maintenir, il lui planta la pointe acérée dans l’épaule.

La bizarrerie nocturne culmina le 31 octobre, le jour de la Samain, où Luc se rendit compte avec horreur qu’il allait non seulement revivre la scène qui le hantait depuis des jours, mais qu’en outre il était cette fois-ci dans la peau de la femme, dont il ressentait les moindres pensées : la peur terrible qui lui liquéfiait les entrailles à l’idée de ce qui arrivait à ses enfants, la honte de ne pas avoir eu la force de les protéger, le dégoût que lui inspirait le geste qu’elle s’apprêtait pourtant à commettre par amour... Jusqu’au moment où la pointe d’une lance s’enfonça avec force dans son dos, coupant son souffle et le/la faisant s’effondrer. Luc se réveilla en hurlant pour s’apercevoir qu’un bras glacé et fantomatique lui perçait l’abdomen et que ce bras appartenait à une femme nue d’une sculpturale beauté portant un cercle rouge à l’épaule. L’apparition affichait une expression douloureuse et des larmes d’ectoplasme coulaient sur ses joues depuis ses yeux voilés. Un croassement presque aussi sinistre que mélodieux  résonnait dans toute la pièce, émis par un corbeau d’un blanc éclatant qui s’était perché sur un buste de marbre qui décorait sa chambre

                Aussi étranges que soient ces apparitions, Luc, bien que terrifiés par ce qu’il se passait, se contenta de se figer devant l’expression du spectre et murmura : « Pardon ». Il ne savait pas pourquoi il avait dit cela maintenant, mais il savait que c’était ce qu’il voulait dire à tous depuis l’accident : Désolé. Je suis profondément désolé. Je ne voulais rien de ce qui est arrivé. Je m’en veux terriblement... Cet aveu, aussi incongrue et effrayante que soit la situation, le soulagea instantanément et apaisa tout autant l’esprit qui lui faisait face. La femme s’évanouit aussitôt.

                Elle s’appelle Ana dit le corbeau blanc, toujours perché sur le buste de marbre. Elle est morte il y a 1500 ans dans des circonstances que tu connais bien. Elle est l’ancêtre de la femme que tu as envoyée au Nemeton. La douleur et la profonde injustice de cette mort l’ont rappelée du tumulus où elle reposait. Elle voulait te hanter pour se venger, mais n’avait accès qu’à tes rêves. Du moins jusqu’à aujourd’hui : tu habitais près d’une rivière le jour des Morts et elle t’a atteint sans peine. Mais elle a lu ton cœur et ton repentir sincère l’a convaincue de ta bonne foi. Elle ne t’importunera sans doute plus. Au fait, je m’appelle Bran et c’est ton père qui m’envoie.

                Le corbeau lui asséna alors ce qui passait pour un fatras d’ineptie : son père n’était pas du tout l’homme mort en compagnie de sa mère dans un accident de voiture. Son père était Sucellos, le Bon Frappeur, dieu gaulois et souverain des Morts du Nemeton. Que Luc était le fils d’un dieu et qu’il allait devoir se comporter comme tel. Et que rien ne serait désormais plus pareil. Jamais plus, ajouta-t-il avec un gloussement.

                Luc n’y comprenait rien. Il chassa l’oiseau de sa chambre avec fortes imprécations et passa les jours suivants à ruminer cette folle nuit en cherchant les coordonnées d’un bon psychiatre. Mais les choses étranges ne cessèrent pas : Bran ne cessa de le suivre, lui adressant parfois même la parole en pleine rue, s’offusquant de ce que le jeune policier refusait de lui répondre devant les passants. Un matin, il trouva le corvidé sur le couvre-lit. Il tenait dans ses serres un marteau de bonne taille, entièrement sculpté. En saisissant le marteau avec l’intention de fracasser le crâne du corbeau, Luc fut frappé par une sorte de spasme violent qui secoua tout son corps, le jetant à terre et le plongeant dans une sorte de transe délirante durant laquelle il vit de nombreuses images d’un passé lointain. Quand il se releva, il trouva Ana, penchée sur lui d’un air inquiet, comme si elle essayait de le ranimer sans savoir comment. Avec elle il y avait un autre esprit, celui d’une vieille dame portant un coffret de bois. En enquêtant, il s’avéra que la vieille avait été assassinée par ses héritiers pour accélérer le transfert de bien, chose qui n’avait jamais été découverte. Depuis, Luc, ayant repris ses fonctions, reçoit fréquemment l’aide et les conseils de Bran et Ana. Celle-ci lui amène ou lui fait rencontrer parfois d’autres esprits sans repos qu’elle charge Luc d’apaiser. Celui-ci est ainsi devenu un spécialiste de la réouverture d’anciens cas inexpliqués ou classés sans suite, de même qu’il s’est donné pour mission d’aider autant les esprits en colère que les mortels innocents subissant leurs courroux.

Bran

                Bran est un corbeau blanc, animal sacré et mythologique celte très important, lié à la mort et à l’autre monde. Présentement, il s’agit avant tout d’un corbeau nettement plus intelligent que la moyenne (il sait parler) et qui a pas mal bourlingué comme messager de Sucellos avant d’être attaché aux pas de Luc. Il trouve sympa de revenir à demeure dans le monde des hommes, mais le jeune homme et ses états d’âme lui courent parfois un peu sur le système. Néanmoins, Bran prend très au sérieux son rôle auprès de Luc en veillant sur lui et en le conseillant sur la façon de se comporter avec les morts (après tout, il a accompagné des âmes vers le Nemeton un nombre incalculable de fois). Il est à la fois blagueur et blasé, prenant tout à la rigolade, sauf les choses vraiment sérieuses, et n’accomplissant ce qu’on lui demande qu’après avoir bien signalé qu’il trouve ce qu’on lui fait faire tout à fait indigne d’un être de sa qualité.

Ana

                Ana est l’esprit d’une fille de chef gauloise qui s’est refusée au meilleur guerrier de son clan parce qu’elle était déjà enceinte d’un autre homme. Alors que ledit guerrier voulait forcer sa vertu, la jeune femme se défendit si bien que, de rage, son assaillant lui planta sa lance dans l’épaule. Elle mourut quelques instants après, mais les druides parvinrent à sauver l’enfant qui vivait en elle. Son esprit refusa d’entrer au Nemeton et erra en quête de justice jusqu’à ce que, épuisée, elle rejoigne le tumulus pour se reposer auprès de sa dépouille. Lorsqu’elle sentit, par-delà les siècles, la douleur, la rage, l’impuissance, la honte et le désespoir de sa descendante, elle jaillit de la tombe et se précipita dans les rêves de Luc, qu’elle rendait coupable de la mort de sa lointaine parente. Devant le repentir sincère du jeune homme (et aussi parce que, quand il était en possession de son marteau, il pouvait sans peine la voir, converser avec elle mais aussi entrer en contact avec n’importe quel esprit qu’elle lui présentait, elle s’attacha à ses pas, l’aidant de son mieux dans ses enquêtes (un fantôme, c’est très discret) et l’exhortant à apporter la justice et le repos à ceux qui sont morts injustement ainsi qu’à leurs famille. Elle est de plus en plus heureuse, malgré sa condition, de fréquenter Luc et son corbeau familier, non seulement parce qu’elle se sent utile, mais surtout parce que le fait de fréquenter des vivants (ou des créatures mythiques dans le cas de Bran) la ferait presque se sentir vivante à nouveau…

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Vendredi 30 juillet 2010 5 30 /07 /Juil /2010 20:16

Zhou est un Chinois né au pied du Wudang Shan, les montagnes de Wudang. L’isolement de son village natal a poussé les parents du jeune Zhou à confier son éducation à une série de précepteurs privés (la famille était riche mais préférait que le garçon soit éduqué auprès de ses parents plutôt qu’à la ville). Parmi ces précepteurs figurait Li Kao Zi (maître Li Kao), un « sage avec un léger défaut de personnalité » comme il se plaisait à le dire lui-même : un homme vénérable par l’âge (il a dépassé allégrement les 120 ans en restant capable de piquer un 100m correct en cas d’ennui) et par ses connaissances (il a été élu premier lettré de Chine mais a été déchu de ce prestigieux statut sur les recommandations de l’Auguste Prêtre de l’ancienne cour impériale) mais aussi passablement farfelu, aimant l’alcool, les mystères et (quand il retrouve ses 90 ans) les femmes.

Sous la houlette de ses précepteurs, Zhou apprit l’anglais, les sciences, les Classiques et les Arts Martiaux. En compagnie de Maître Li Kao, le jeune homme partit sur les routes et apprit à reconnaître un bon restaurant d’un mauvais, une maison de thé d’un bordel, un sage d’un charlatan et comment soutirer une forte somme d’argent à un quidam quelconque à l’aide d’une chèvre, d’une voiture de luxe et d’un tas d’ordures. Ils se retirèrent dans un village et y élevèrent des vers à soie en pillant la bibliothèque du temple bouddhiste voisin. Ils participèrent à la tournée d’une famille de marionnettistes. Ils se mirent en quête de la Grande Racine de Puissance, un spécimen de ginseng particulièrement puissant dont ils avaient besoin pour guérir les enfants d’une ville. On dit même (mais les détails et souvenirs sont plus que flous dans l’esprit de Zhou, parce qu’ils étaient ivres la moitié du temps) qu’ils auraient retrouvés des antiquités ayant appartenu au Huit Honorables Magiciens (aussi appelés Huit Immortels) et aidé une déesse changée en mortelle amnésique à retrouver son mari divin et à rejoindre les Cieux. Accessoirement, ils devinrent incroyablement riches en vendant à des marins portugais de Macao des actions dans une imaginaire mine de moutarde, mais cet argent disparut en à peine deux jours de bombance à faire pâlir les plus acharnés des fêtards.

Bien entendu, ces années d’errance correspondaient à la période durant laquelle Zhou aurait dû réussir brillamment en fac de commerce. Lorsque ses parents apprirent à quoi le jeune homme avait occupé son temps, ils le déshéritèrent et tentèrent d’intenter un procès à Maître Li Kao (mais sans grand succès : un homme dont la rumeur dit que l’Auguste Empereur de Jade le bénira quand il aura accumulé suffisamment de foudre ne perd pas un procès contre un simple mortel). Aussi Zhou et son maître et ami quittèrent-ils la Chine pour gagner l’Occident, mettant à profit toute leur astuce et leur joie de vivre pour se tirer des mauvais pas. De combats illégaux en bonto clandestin, ils finirent par se spécialiser dans les activités mystiques, appliquant ce qu’ils savaient du Tao, des flux du Chi, du Yin et du Yang, des cinq éléments, de l’acuponcture, de l’herboristerie et du Livre des Mutations pour se constituer une clientèle de riches bobos plus ou moins gogos que leurs soins, leurs conseils originaux et leurs personnalités hors du commun leur a attirée, suffisamment pour qu’ils puissent vivre un peu moins que chichement. Sans compter que la communauté chinoise locale est plus que contente d’avoir de vrais Fangshi capables de performer les rites, d’améliorer le feng shui de leurs demeures ou lieux de travail et de restaurer les flux du Chi dans les corps malades. Depuis un an, ils ont en outre recruté un petit groupe de disciples plus ou moins dévoués qui les assistent dans leurs différentes tâches.

C’est alors qu’ils pratiquaient un rituel de fumigation pour chasser les esprits de la maladie qui tourmentaient une jeune femme que la fenêtre de la chambre où ils officiaient a explosé, livrant le passage à une magnifique femelle orang-outan poursuivie par une bande d’agents de la fourrière. L’orang-outan s’étant perché agilement sur les épaules de Zhou, il finit par convaincre les hommes que le s… (pardon, l’anthropoïde) lui appartenait et qu’il avait un permis parce qu’il possédait un zoo privé dont, il l’admettait volontiers, la sécurité laissait à désirer. L’orang-outan était en fait Chi-Nii, un Yao envoyé par Sun Wukong pour convenir d’un rendez-vous (le Berger des étoiles, dieu chargé de veiller à ce que la rivière d’étoiles ne parte pas en couilles et à qui Zhou et Li Kao avait rendu sa compagne, Perle de Jade, en la guérissant fortuitement de son amnésie, avait signalé au Roi des Singes qu’un de ses fils avait croisé sa route).

Ce fut encore une bamboche de plusieurs jours, qui mit Chinatown sens dessus-dessous. Les habitants en parlent encore un an après. Il faut dire que voir deux hommes portant des masques de bois danser la danse du Panda ivre sur les toits avec un orang-outan tandis qu’un vieillard mort torché les accompagne en chantant en chinois de l’époque Han, ça peut impressionner. Il se murmure que certaines jeunes filles auraient émis le souhait de devenir nonne après avoir passé une nuit en leur compagnie, disant qu’elles avaient « vécu suffisamment de désordre pour plusieurs vies. » Parallèlement, de nombreux criminels furent retrouvés suspendus à la place des enseignes des magasins qu’ils avaient attaqués ou rackettés.  Le zoo de New-York enregistra une natalité augmentée de 500% chez toutes les espèces de simiens. Bref, ce fut une date que les témoins marquèrent dans leur calendrier, espérant pouvoir prendre part à une telle fête une autre fois dans leur vie, de préférence avec leurs enfants…

Sun Wukong donna une grande tape sur l’épaule de son fils pendant que celui-ci dégueulait dans l’Hudson. Puis il s’inclina profondément devant maître Li Kao, disant qu’il se réjouissait de plaider sa cause auprès des Roi-Yama quand l’ancêtre déciderait de mourir, dans 20 ou 50 ans. Avant de repartir, il lui laissa deux cadeaux. Puisque Chi-Nii s’était prise d’affection pour Zhou, le Roi Singe décida de lier le Yao à Zhou. Pour concrétiser ce lien, il offrit à son fils une ancienne carte à jouer sur laquelle figurait un orang-outan dans une position particulière. Lorsque Zhou imite la position de l’animal, Chi-Nii sort de la carte dans la position représentée. Le problème c’est que la position de l’orang-outan illustré change à chaque utilisation, obligeant le jeune fangshi à prendre des poses plus ridicules les unes que les autres pour attirer l’attention de sa compagne de jeu.

Amusé par les personnalités variées des disciples de son fils, Sun Wukong lui confia un sifflet d’ivoire lui permettant de les appeler à la rescousse en cas de besoin.

Wudang est un haut-lieu du taoïsme, notamment en matière d’arts-martiaux internes comme le taichi chuan

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Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /Juin /2010 20:00

Kirsty MacBaldr

Vocation : botaniste trop célèbre et médiéviste                                                                     

Nature : visionnaire

Panthéon : Aesir

Dieu : Balder

Attributs (attributs épiques)

Force 2, Dextérité 4 (1), Vigueur 3, Charisme 4 (1), Manipulation 3, Apparence 4 (2), Perception 2, Intelligence 2, Astuce 3

Compétences (j’offre un point gratuit dans les compétences liées à la divinité)

Art (comédie) 3, Artisanat (Botanique) 3, Athlétisme 3, Commandement 1, Corps à corps 2, Culture 3, Discrétion 2, Empathie 3, Intégrité 2, Médecine 1, Mêlée 3, Pilotage (voiture) 1, Présence 3, Résistance 2, Survie 1, Tir 1, Vigilance 2

Privilèges

Créature (Bjorn, Huldre) 3 : peut se rendre invisible à volonté et est très fort et très résistant.

Suivants (Aedh, Bran, Cadwgawn, Llywelyn et Macsen, admirateurs et futurs Einerhjar) 2. Cf. Policiers chevronnés sauf mêlée 3, Tir 2, Armure de cuir, épées et haches.

Smukmord (« beau meurtre », hache) 4 : donne accès aux domaines Gardien et soleil, et permet d’appeler et de régénérer les Suivants.

Talents

Visage aveuglant (Apparence), Charmeur (Charisme), Adversaire intouchable (Dextérité), Impression durable (Apparence).

Dons

Soleil (Regard pénétrant, Radiance divine), Gardien (Marque vigilante, Lignes d’alarme, Egide)

Vertus

Courage 1, Endurance 2, Expression 3, Loyauté 3

Volonté 6

Légende 3 (9/9)

Absorption 2G 3S

Armure Cotte de maille de reconstitution (+2G +2S)

Armes Smukmord (+1, F+6G, +0, 5)

Divers

MV 5/12, Saut 5/10, Soulèvement 225 Kg, VD Esquive 6, VD Parade 5 (5)/2(3)/4(5)

 

Historique

                Bienheureuse Kirsty ! Depuis toute jeune, tout le monde l’adore ! Une peau blanche, une masse indisciplinée de cheveux roux et une myriade de taches de rousseur, voilà, depuis qu’elle est née ou presque, comment on la décrit. Sans oublier, bien entendu, son sourire charmeur, sa gentillesse naturelle et son courage. Grandir, sans parents, dans un orphelinat, c’est dur, même, ou peut-être surtout, dans le beau Pays de Galles. Ca oblige à naviguer entre ceux qui vous bousculent et ceux qui vous collent de trop près…

                Et puis il y a les plantes. Les fleurs, les arbres, le moindre brin de mousse ou de mauvaise herbe, quand parfois on disparaît des heures juste pour les passer couchée dans un carré de marguerites. Les iris qu’on cueille, les ifs qu’on salue, le chêne près de qui on pleure et les lilas derrière lesquels on se cache. Les plantes ne parlent pas, mais rien ne remplace un ficus pour égayer une chambre.

                Kirsty pouvait en parler des heures et des heures et des heures, et montrer comment prendre soin de ce qui pousse. Et parce que c’était Kirsty qui parlait, on écoutait, parce qu’une aussi jolie gamine qui sait autant de quoi elle parle, c’est beau, tout simplement. Aucun fermier du coin n’aurait fixé son calendrier de culture sur un autre avis que celui de la Bechan Blodeuwedd, même si celle-ci se trompait parfois.

                Alors Kirsty continua de parler et de faire pousser. A 15 ans, elle créa sa première émission de radio. A 20 ans, elle animait la seule émission de jardinage suivie par plusieurs millions de gens à travers le monde. Célèbre et adulée, elle recevait les stars les plus en vue, qui ne rechignait jamais à voir leurs belles mains manucurées plonger dans la terre pour rempoter des bégonias ou nourrir les plantes carnivores. Mais cette gloire pesait à Kirsty. Sa modestie naturelle en souffrait, et elle regrettait le temps ou, orpheline placée dans une ferme, elle veillait au bien-être des cultures. Elle chercha alors une échappatoire, un endroit où elle pourrait retrouver l’anonymat. Pour blaguer, un ami lui conseilla de le rejoindre dans un camp médiéval. Bizarrement, la jeune fille y prit goût et, au grand étonnement de l’ami en question se révéla rapidement redoutable au maniement de la hache (même si son enthousiasme a pu provoquer quelques accidents…)

                Durant le tournage en direct d’une de ses émissions, elle remarqua l’homme dans le public. Il est revenu chaque semaine pendant un mois, et à lui seul il lui a donné une pêche du tonnerre de(s) dieu(x) ! Les émissions auxquelles il a assisté ont été les meilleures de sa carrière déjà pas avare de succès.

                Après un show, il vint dans sa loge pour lui dire à quel point il était fier d’elle et du soleil qu’elle mettait dans l’existence des gens, du respect de la vie qu’elle leur inculquait. Fier aussi parce qu’elle n’oubliait pas le passé glorieux et qu’elle continuait d’honorer les anciennes valeurs. Et parce que ça faisait longtemps qu’une aussi jolie fille n’avait pas aussi bien brandi une hache. Ah ! A ce sujet, il avait un cadeau pour sa fille, et il s’appelait Balder Odinson… Oui, son père D’ailleurs il était désolé qu’elle ait dû grandir seule… Il avait l’air tellement contrit que Kirsty, après avoir rosi de plaisir sous ses compliments, se jeta dans ses bras puissants.

                Smukmord, le Beau Meurtre trône désormais en bonne place dans son gigantesque et luxueux appartement. Un appartement gardé et entretenu par Bjorn, un Huldre aussi discret qu’un courant d’air, mais fort et résistant comme rarement on l’a vu. (Mal)heureusement, Kirsty a attiré autour d’elle une cour de médiévistes profondément dévoués (amoureux) d’elle, et que son père a liés à Smukmord pour qu’elle puisse les appeler et les soigner. Elle préfèrerait s’en débarrasser, mais son père l’a convaincue de n’en rien faire.

                Depuis, et même si la célébrité lui pèse plus que jamais, Kirsty continue de parler de ce qui pousse à des millions de gens. Et parfois, elle disparaît pendant plusieurs jours pour se rendre là où son père ou sa nouvelle famille l’envoie, s’associant temporairement à d’autres Scions. Elle souhaiterait d’ailleurs se lier plus profondément avec un groupe d’enfants des Dieux, mais elle attend que son père retrouvé et déjà chéri ne lui dise qui rejoindre.

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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 21:09

Pour le plaisir, j'ai créé des personnages pour le JDR Scion, qui permet d'incarner des enfants des anciennes divinités païennes. Voici le premier d'entre-eux.

 

 

 

Simon Penkern

Vocation : libraire occulte/trafiquant de livres anciens et rares

Nature : Architecte

Panthéon : Nemetondevos

Dieu : Kernunos

Attributs (attributs épiques)

Force 2, Dextérité 3, Vigueur 2 (1), Charisme 3 (2), Manipulation 4, Apparence 2, Perception 3 (1), Intelligence 4 (1), Astuce 4.

Compétences (j’offre un point gratuit dans les compétences liées à la divinité)

Animaux 1, Art (littérature) 3, Athlétisme 2, Corps à corps 2, Culture 3, Discrétion 2, Empathie 2, Intégrité 2, Investigation 3, Larcin 2, Occultisme 3, Présence 3, Résistance 3, Science (codicologie) 3, Survie 1, Vigilance 2.

Privilèges

Guide (Le Serpent à tête de bélier) 4, Torque d’or verdi (Ogham, Chaos) 2, Couteau-ramure (couteau taillé dans des bois de cerf : Magie et permet de contacter le guide quand on verse le sang sur le sol grâce à ce couteau) 2.

Talents

Auto-guérison (Vigueur), Boys will be boys (Charisme), Blame James (Charisme), Sens télescopiques (Perception), Maîtrise des langues (Intelligence).

Dons

Magie (Œil grand ouvert) 1, Ogham (Beith, Luis, Nion, Fern, Sail, Uath, Dair, Tinne) 2, Chaos (Oeil de la tempête, Nid de frelons) 2, Deugdonio (Percevoir la trame du Destin) 1.

Vertus

Courage 2, Endurance 3, Loyauté 1, Vaillance 3.

Volonté 6

Légende 3 (9/9)

Absorption 1C, 1+1 G, 2+1 S

Divers : MV 3/9, Saut 4/8, Soulèvement 175 Kg, VD esquive 4, parade 3/2/2

Armes : couteau-ramure (+1, +2G, +0, 4)

 

Historique

                Simon a toujours été à part. A l’école primaire, même les gros durs de la cour de récré lui foutaient la paix, depuis qu’il avait arraché à coups de dents le nez d’un gamin qui le molestait. Ce qui ne l’empêchait pas d’être un excellent élève…

                En secondaire, il séduisit une fille, une fois. Elle l’a largué quand il s’est mis à baragouiner des trucs incompréhensibles dans des langues bizarres lors d’une de leurs sorties au cinéma. Ils étaient allés voir la version originale du « Choc des Titans » et Simon n’avait apparemment pas cessé d’insulter les acteurs figurants les divinités et héros grecs à chacune de leurs apparitions (c’est-à-dire souvent). Il lui arrivait même de cracher par terre quand apparaissait un monstre. Le pire était qu’il ne pouvait fournir aucune explication valable à son comportement. Non, en fait, le pire était qui semblait ne pas vouloir donner d’explication, comme si ça n’avait pas d’importance de passer pour un weirdo.

Et pourtant il avait un petit succès. Il était loin d’être canon, mais il avait un côté vénéneux qui attirait certaines filles, même si c’était rarement pour longtemps. Les après-midi passés assis contre un arbre, c’est romantique jusqu’au moment où on a l’impression que le petit ami est plus intéressé par la conversation de l’arbre que par votre décolleté, même s’il a la main dedans…

                Une fois parvenu à l’université (parce qu’avec ses résultats, impossible d’y couper, sa mère ne l’aurait pas permis, et Simon a toujours écouté sa mère, même si celle-ci était enfermée depuis sa rencontre avec le père du jeune homme, qu’elle aimait beaucoup, dans une « maison de repos »), Simon a découvert les livres, autant pour ce qu’on écrit dedans que pour comment on les fait. Rapidement incollable quant aux reliures, encres, types de papiers et de parchemins, datations par la graphie ou l’alphabet utilisé, localisation sgrâce aux régionalismes linguistiques, il fut très tôt engagé comme élève-moniteur, puis comme assistant et doctorant une fois son diplôme en poche.

                Au cours de ses recherches, il obtint l’autorisation d’accéder à l’une des plus riches collections de manuscrits du pays, pouvant ainsi consulter et analyser de nombreux ouvrages sans prix. Il se montra tellement passionné et respectueux de la collection qu’à la mort du propriétaire, la veuve, qui n’y connaissait rien, l’engagea à grands frais comme expert dans la vente de la bibliothèque de son mari. Simon découvrit alors l’intense commerce sans pitié qui régissait le monde de ces collectionneurs si particuliers que sont les bibliophiles. Une nuit, il eut même à repousser une tentative de vol fomentée par un client qui n’avait pas gagné l’enchère sur un ouvrage.

                Abandonnant dès lors son doctorat en cours (au grand dam de sa directrice de recherches), il décida de se lancer à plein temps dans cette activité aussi lucrative que passionnante pour laquelle il s’était découvert un véritable talent. Il acheta avec ses maigres économies une pièce au rez-de-chaussée d’un immeuble anonyme d’Outremeuse et y installa sa librairie (Les livres noirs), dans laquelle il vendait aussi bien des œuvres tout à fait sérieuses et érudites concernant les sciences occultes que le tout venant du « développement de soi par le yoga », ce qui lui attirait à la fois une clientèle spécialisée et le premier cuistre venu incapable de reconnaître un homoncule quand bien même il en aurait un qui lui boulotterait la jambe. Sans oublier les livres d’occasions, source de revenus (et d’embarras nombreux et épuisants.)

En outre, il fermait régulièrement sa boutique, arpentant le monde afin d’y dénicher, pour lui ou pour satisfaire une commande, certains ouvrages anciens et rares, n’hésitant d’ailleurs ni à escroquer honteusement les propriétaires mal informés de la valeur de leur collection, ni à dérober ou falsifier les ouvrages qu’on ne voulait lui vendre. Il faut dire que Simon avait toujours eu le chic pour se tirer des embrouilles grâce à son bagout. Et quand ce n’était pas pour parcourir le monde qu’il fermait sa boutique, c’est parce qu’il en avait marre de voir des gueules de cons ou qu’il souhaitait se saouler/cuver en paix…

                Et tout aurait pu continuer ainsi jusqu’à la mort (ou la saisie judiciaire) de Simon, si un soir, alors qu’il regardait la lumière s’atténuer progressivement à travers les vitraux chargés d’entrelacs qui lui servaient de fenêtres, il n’avait entendu la clochette de la porte d’entrée tinter bizarrement, comme atténuée ou lointaine. Un homme chauve au crâne tatoué de bois de cerf se tenait entre deux étagères, massif, élancé. Une sorte de sauvagerie sensuelle émanait de lui, comme un appel sanglant. Puis Simon plongea ses yeux dans ceux de l’inconnu et il devint fou.

                Errant dans la ville livrée à la nuit, il brandit le couteau que lui avait remis l’étranger, son père, et il égorgea plusieurs personnes, jusqu’à verser le sang d’une victime sur les racines d’un arbre, faisant jaillir un serpent à tête de bélier qui répondit à ses borborygmes d’aliénés. Au matin, il se réveilla dans son lit, couvert de sang, un couteau en bois de cerf planté dans le plancher de sa chambre. Au cou, il portait un torque d’or usé par le temps. Il portait plusieurs morsures de serpents sur les membres, et la porte de sa chambre semblait avoir été défoncée. En lisant les journaux, il apprit les meurtres horribles qu’il avait commis. Il eut peur et se dégoûta. On essaya bien de l’accuser, mais il parvint toujours à se disculper. Pendant longtemps, il refusa de repenser à cette nuit et à l’homme étrange qui lui avait fait perdre la tête. Plus tellement parce qu’il avait honte ou peur d’être accusé, mais surtout parce qu’il se rappelait avec un mélange d’effroi et d’exaltation de la Chasse Sauvage auquel son père et lui s’étaient livrés, tuant criminels et innocents et lisant l’avenir et les secrets dans les éclaboussures de leur sang. Il craignait de succomber à nouveau à l’Appel. C’est d’ailleurs toujours ce qui le garde raisonnable dans l’utilisation de ses nouveaux pouvoirs.

Même s’il sait qu’il prend un grand plaisir quand il traque ses nouveaux ennemis.

                Simon est un fils du Kernunos, le Grand Cornu. En tant que tel, il sait qu’une partie de sa vie lui échappe désormais et qu’il est condamné à rester vigilant pour capter les signes du Destin et les messages de son père. Il continue son activité, mais ses voyages lui servent désormais aussi de périodes de repérages. On grappille des informations. Parfois, on appelle des amis et on lance une nouvelle Chasse…

 

Par Altrast - Publié dans : Jeux d'histoires - Communauté : L'imaginaire pour tous
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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /Mars /2010 19:44

Chers amis de notre bon folklore, bonsoir !

 

Aujourd'hui, le petit Boggan belge que je suis tient à vous parler d'un groupe malheureusement disparu dans les limbes du passé récent mais qui a marqué d'une empreinte forte mes premières années d'amateur de folk, trad, celtic music et autres aberrations musicales dans un monde culturel trop souvent radio-formaté...

 

Le groupe en question porte le doux nom de MacRàhl,

http://userserve-ak.last.fm/serve/252/298054.gif

 

et rien que ce nom est déjà tout un programme ! Car si sa consonance le rend très écossais (encore que je connaisse un kebab qui s'appelle le McDonner), les connotations du mot, elles, ancrent définitivement le groupe dans l'Ardenne belge, ses forêts, ses rivières, ses sangliers, bref, tout ce territoire qui se retrouvait englobé dans l'Arduenn (ou Arduinn, enfin cette région-là quoi) : Les Macrâles, en Belgique, et plus particulièrement dans la région de Vielsalm et Marche, sont des sorcières qui mènent leur sabbat en public à l'occasion de certaines festivités au combien hautes en couleur (les personnes y ayant déjà assisté me contrediront peut-être, mais je ne me suis jamais emmerdé à un sabbat de macrâles !)

 

La volonté du groupe est donc, dès le départ, de créer une musique au confluent de différentes influences, ce qu'il réussira fort bien au fil de trois albums et de nombreux concerts dans toute la Belgique. Qualifié par les critiques de « blues celtique », le style de MacRàhl l'emmène en fait autant du côté de la Bretagne que de l'Irlande ou de l'Écosse pour doter les rythmes de ces pays d'accents bluesy, jazzy, de temps en temps country (surtout sur certaines chansons) et très souvent rocky (pas le boxeur, le style de musique), sans oublier par moment de faire un clin d'œil à son pays d'origine, la Belgique (en interprétant par exemple une version de « Tri Martolod » en wallon, le titre devenant Treûs bès marins). Il est à noter que MacRàhl est avant tout un groupe proposant des instrumentaux, les chansons ne faisant que timidement et plus tardivement partie de l'arsenal du groupe.

 

http://www.anthinoises.com/images/2002_12.jpg

 

Le line up du groupe a changé en une occasion. Formé d'un trio à l'origine (Philippe Klein aux guitares, Christophe de Pauw également aux guitares et Patrick Dourcy à la harpe, aux whistles et à la cornemuse), un bassiste (Jack Thysen) et un batteur (Antoine Cirri ou Didier Fontaine suivant les moments) seront rapidement invités dans le groupe pour assurer les prestations scéniques. Ils furent parfois également épaulés par le violon de Luc Pilartz. Le MacRàhl de cette époque donnera naissance à deux albums : Attitude et Retrouvailles.

http://www.anthinoises.com/images/2000_06.jpg


 

Suite à différents problèmes, notamment en matière de droits d'auteurs concernant certaines morceaux, cette composition du groupe éclatera, Patrick Dourcy, l'un des fondateurs, préférant voguer vers d'autres cieux musicaux. Philipe Klein et Christophe de Pauw continueront de jouer dans le groupe, s'adjoignant deux talents issus de groupes folks de Flandre mais ayant beaucoup tourné en Wallonie également : Dirk Naessens au violon et Jowan Mercks aux flûtes et cornemuse, accompagnés d'un bassiste (Marc Salsac) et d'un batteur (Quentin Halloy) lors des concerts non-acoustiques du groupe. Sous cette forme, le groupe réalisera le troisième et dernier album de sa courte carrière, La vie continue. Quelques mois après la sortie de l'album, le groupe cessera complètement de faire parler de lui.

 

Attitude

http://www.sos-recording.com/sosimages/credits/creditcouleur/macrahl_attitude.gif

reste pour moi l'album le plus original du groupe, et ce n'est pourtant pas celui dont les mélodies sont les plus travaillées. Aérien et rugueux en même temps, ancré dans l'air et dans le sol, il associe la richesse du jeu de guitare (vraiment mises en avant dans la musique du groupe) de Klein et de Pauw à la maîtrise instrumentale de Dourcy, pour des moments fait d'eau et de roche (Hello du vu ; Rospico blues), de bois et de mystère (an dro set ; Reliance), avec, parfois, une certaine ironie nonchalante et sans prétention, mais pas sans manière (Cap Shuffle)

 

Retrouvailles


est peut-être à mon sens moins original, mais il n'est pas moins efficace en concert, au contraire. Si les morceaux proposés sont plus classiques dans leur facture que précédemment, l'album enrichit cependant la palette musicale de MacRàhl de chansons et de morceau entièrement blues/folk, sans quasiment de présence d'instruments ou de rythmes celtiques. On pourrait penser que ça donne un melting-pot sans cohérence, et pourtant l'album garde une vraie unité grâce à sa bonne humeur et à son caractère festif.

 

La vie continue est l'album qui m'a le moins convaincu, en dépit de ses indéniables qualités. Je peine à y retrouver l'ambiance des deux autres albums, et même les concerts qui ont suivi sa sortie et la nouvelle formation du groupe, tout plaisants qu'ils aient été, ne me parlaient plus autant. Néanmoins, on ne peut nier que cet album, plus mélancolique dans l'ensemble, reste toujours aussi finement ciselé musicalement parlant !

 

http://www.anthinoises.com/images/2002_23.jpg

 

Vous pouvez écouter la plage d'ouverture de Retrouvailles, la Jig de la fille de vent, à l'adresse suivante dans une version live. D'autres titres de ce même album sont disponibles là où je ne sais (pour troubler mes amis Français) pas les écouter. Pour ce qui est du premier et du troisième album, il m'a été impossible de trouver sur le net des morceaux à partager avec vous (mais y a peut-être moyen qu'on s'arrange autrement... Si ça vous dit, faites-moi signe !)

Par Altrast - Publié dans : Musique - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 15:45
Mais je serai normalement plus aimable que Bernard Black...


Récemment, le Boggan a lu et vous conseille l'un ou l'autre bouquin qui le font bien.


Parce que j'ai pu remastériser du Qin (merci à François et Suzanne de me l'avoir permis), j'ai mis la main sur trois ouvrages que je vous conseille particulièrement.

Commençons par le plus sérieux avec
http://www.decitre.fr/gi/94/9782020540094FS.gif
De Anne CHENG, éminente professeure de civilisations extrêmement orientales. Pour ceux qui, comme moi, n'ont que des notions sommaires du Xing, du Ren, du(des) Dao/dao, du Zhong et autre Wuwei, ce livre est une somme, érudite mais lisible qui continue de faire date et autorité dans le domaine. Remontant aux premières réflexions pré-philosophiques et retraçant leurs évolutions et circonvolutions aux travers de l'histoire troublée de la Chine, cet ouvrage ne se contente pas de narrer les fortunes diverses des différents courants de pensée nés dans l'Empire du Milieu : il en montre la dynamique interne ainsi que les jeux d'oppositions et d'influences réciproques qui, de tout temps, ont permis à la Chine d'associer les réflexions autochtones (taoïsme, confucianisme, mohisme, légisme, etc.) avec les idées venues d'au-delà de ses frontières (bouddhisme en tête et, plus récemment, les influences occidentales).
Une porte ouverte sur une civilisation qui, grâce ou à cause de son altérité, reste souvent marquée par les clichés du vieux sage au sommet des monts Kunlun distillant son savoir par des aphorismes d'aspect spécieux...

Poursuivons notre odyssée dans les réflexions sinisantes avec
 http://www.decitre.fr/gi/56/9782809700756FS.gif
ouvrage dans lequel Cyrille JAVARY nous explique de façon lumineuse les enchevêtrements du fameux Livre des mutations de l'antiquité chinoise, depuis les notions fondamentales de yin et de yang jusqu'aux rôles des trigrammes dans l'interprétation de leurs grands frères à six lignes (les hexagrammes, donc, pour ceux qui ne suivent pas). Véritable porte d'entrée lumineuse et pertinente, ce livre est une aide véritable pour celles et ceux qui, comme moi, peinent souvent à retirer ce que le résultat d'un tirage du Yi king peut leur apporter.
A noter qu'une édition en ligne du Yi king est disponible ici.


Je ne résiste pas au plaisir intellectuellement enfantin (si si, c'est possible de combiner les deux) de vous parler de
http://www.decitre.fr/gi/04/9782877306904FS.gif
Oui, je sais, moi non plus je n'y croyais pas au début, et pourtant, en toute partialité, ce livre est grandiose. Simple, ludique et rempli d'humour tendre, se servant d'extraits de Winnie the Pooh et de The house at Pooh Corner de Milne, le travail de Benjamin HOFF nous rappelle que, pour vivre en accord avec le Tao, il est important de ne pas courir partout pour rien en croyant réussir sa vie (comme Coco Lapin), de ne pas valoriser outrageusement l'érudition sentencieuse et faussement moralisatrice (comme Maître Hibou) et que chacun (même Po.. Po... Po... Porcinet) possède au fond de lui la vertu (Te) qui peut vous rendre courageux quand vous agissez en accord avec le Tao.
Sans oublier bien entendu que le héros qui a probablement le mieux compris les vertus du Tao n'est ni le plus intelligent, ni le plus actif, ni le plus courageux des personnages, mais simplement un petit ourson qui prend les événements comme ils viennent sans chercher à les contrer ou à les détourner et qui n'offrent comme fruit de ses réflexions que des idées en apparence absurdes d'évidence mais qui lui permettent toujours de trouver la solution aux problèmes rencontrés.
Peut-être qu'il faut aimer le Winnie de Milne pour apprécier ce bouquin. Ou peut-être pas. Toujours est-il que lire ce livre en une après-midi de transport en commun (vivent les soirées jeux de société chez et/ou avec Thibs, Nathalie, Hugo, Chuz, Val, Anne-So, Fred et Yann) a vraiment fait disparaître les cahots du train, le mauvais café des gares, les bousculades et coups de valises reçus d'autres voyageurs ainsi que la mauvaise humeur globale d'une bonne partie des inconnu(e)s rencontrés au cours de ladite après-midi. Une sorte de générateur de sérénité béate un tant soit peu illuminée, en quelque sorte. Un vrai coup de coeur en tout cas.


Bien évidemment, aucun de ces bouquins n'a vraiment été utilisé dans la partie de Qin qui a en partie motivé leur achat. Mais un tournoi de go grevé d'enlèvements mystérieux et une sombre histoire de vol foireux de Lurong incitent peut-être moins (et c'est tant mieux) aux discussions philosophiques qu'aux acrobatiques combats sur des toits de tuiles...
Par Altrast - Publié dans : Inspiration
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Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /Avr /2009 00:35
              Nous sommes en 1960. J'ai 30 ans. Je suis Rupert Murdoch, alias Rupert le majordome. Je suis le héros d'un spectacle de music-hall très populaire à Londres, spectacle dans lequel un majordome nommé Rupert, élève du grand Houdini, sert avec dévotion ses maîtres tout en leur jouant des tours pendables grâce à ses dons de prestidigitateur. Qu'il s'agisse de servir la soupe en la faisant passer par ma manche, de faire disparaître les boulettes de viande pour qu'elles réapparaissent toutes dans l'assiette de Monsieur histoire qu'il se fasse accuser de gourmandise par Madame ou encore de détourner l'attention de Monsieur et Madame pour permettre à Mademoiselle de rejoindre son galant, j'ai tous les tours pour abuser les sens des spectateurs et les faire rire aux larmes avec mes cabrioles pince-sans-rire, bien aidé il faut le dire par mes partenaires qui excellent à servir des regards ébahis et des exclamations de colère ou d'étonnement. Le spectacle a tellement de succès que nous venons de décrocher un contrat pour le jouer à Broadway. Je suis marié à une femme délicieuse, Dorothy, ma partenaire à la ville comme à la scène (c'est elle qui joue la toujours pétillante Mademoiselle). Elle est enceinte de notre premier enfant, une fille que nous avons décidé d'appeler Emily. Je souris déjà en imaginant ses grands yeux s'ouvrir lorsque je lui apprendrai mes tours. Elle aura le sourire et la volonté de sa mère et saura toujours ce qu'elle veut.

              Je sors d'un pub très hype, « the wife's leg ». Je suis ivre. J'ai trop arrosé notre réussite. Dorothy, épuisée par sa grossesse, est déjà rentrée. Je suis resté et j'ai bu. Je sors pour prendre l'air. La lune brille, haute dans le ciel, jouant à cache-cache avec les nuages. Son reflet danse sur la Tamise indolente. Je suis bien. Un rayon blanchâtre me frappe alors que j'allume une cigarette, penché sur la rambarde au-dessus du fleuve. Il joue avec mes doigts, semblant craindre la braise rougeoyante au bout du bâton. Je sens comme un contact, ferme et doux, sur ma main. Comme si une autre main se glissait dans la mienne. Qui m'attire. Je la vois. Cheveux blancs et brillants. Peau pâle et translucide. Yeux noirs, complètement. La fille de la Lune. Qui me regarde. Qui me sourit. Qui me tire. Irrémédiablement. Dans l'eau, au fond de l'eau, l'humeur noire entre en moi, m'étouffe, je suffoque. Je suis bien.

              Je suis un Luneux, son Luneux. Je suis grand et mince, dégingandé, presque. Toujours bien habillé. Toujours propre. Souvent beau, sauf quand Elle est triste. Alors les larmes et la folie me ravagent, je ris, je tremble, je crie et j'ai mal, si mal. Les souvenirs reviennent. Une femme. Son nom ? Son ventre rond ? Les rires des gens, du public, qui tintent à mes oreilles. Je suis une main qui fait danser une pièce. Je suis la baguette qui distrait tes yeux. Mais je ris aussi, je me cache d'Elle pour qu'elle doive me trouver. Elle me dit des secrets pour que je les oublie et les enterre. Je creuse pour Elle. Pour me cacher. Pour La cacher. Pour qu'Elle ne soit pas triste, jamais. Pour qu'Elle ne me fasse plus mal...

              Je cours, et mes beaux habits sont déchirés par les Epines. Je fuis et je sens Sa rage et Sa tristesse. J'ai mal, mal au coeur, mal à l'âme. Je l'aime, Elle m'aime, pourquoi est-ce que je m'enfuis. J'ai mal, j'ai peur. Des créatures d'os me poursuivent, mais j'ai appris à me cacher. Ils ne me rattraperont pas. Elle ne me reverra jamais. Je sers la main de l'enfant dans la mienne. Celui qu'Elle a emmené pour me tenir compagnie, pour que je ne m'ennuie pas. Mon cadeau, un être terrifié et larmoyant, qui jamais n'aurait pu apprendre mes cachettes à temps. Alors j'ai pris sa main et depuis, nous nous cachons... Un rond de lumière pâle, nous sommes dans l'eau. Je bats des jambes, je tire, je hisse le petit corps à côté de moi. Nous sommes dehors. Sauvés. Pour le moment.

              Nous sommes en 2004. J'ai toujours 30 ans. Nous sommes à Bruxelles. J'ai rencontré les 4 Cours et j'ai d'abord rejoint l'Automne, habitué à la peur et en quête de réponse. J'y ai laissé le gosse. Je ne l'ai jamais revu. Dorothy est mère et grand-mère. Elle va bien. Emily va bien. Son fils aussi. Je me suis vu. J'ai vu Rupert Murdoch, celui que j'aurais dû devenir. Le spectacle a disparu. Tout le monde a oublié Rupert le majordome, même Dorothy. Je suis fini. Je ne suis plus rien. Je deviens le fossoyeur du cimetière d'Ixelles. J'apprends à regarder et à écouter les gens éplorés raconter leurs souvenirs. Je ne partage pas les miens, je m'invente une vie, conforme à celle que m'a donné l'Automne. Je suis David Melchior. Mais je redeviens l'élève d'Houdini, travaillant dans ma vieille baraque quand l'entretien du cimetière m'en laisse le temps. Je retrouve vite mon habileté de jadis. Je deviens le gardien farfelu, prompt à éloigner les indésirables à coups de pelles ou de ténèbres. A coups de folie si je n'ai pas le choix, mais après je dois me terrer, parce que les souvenirs me reprennent. Je ris et j'ai mal...

              J'ai quitté l'Automne, lassé de ne pas trouver de réponse. Mais j'y garde des amis. J'ai repris mon rythme d'Avant, écumant les bars, les soirées branchées de la capitale belge. Je suis devenu une figure des fêtes étudiantes prenant souvent place dans le quartier entourant mon cimetière J'ai rejoint le Printemps. Je suis la fête, je suis le désir. Mes bonnes manières plaisent aux femmes, et mes vieux tours marchent toujours. Mieux même. Je suis un dandy dans un corps de jeune homme, toujours bien habillé et avec tellement d'expérience. Mais je suis le fossoyeur, et je suis pâle, bien que souriant. Je ne reste jamais très longtemps accompagné, mais jamais longtemps seul non plus... Je suis remonté sur les planches, je joue partout où je peux, dans les anniversaires de mômes insupportables, les communions, les mariages, les cabarets pourris. Toujours invité, toujours flamboyant, toujours poli, à la limite du guindé, « je suis Rupert le majordome, pour vous servir Messieurs Dames ! Oh, voyons, ne laissez donc pas traîner vos mouchoirs partout, Monsieur, c'est inconvenant. Comment, Madame a perdu son collier ? Que vois-je ? Regardez, il est autour du cou de Fido, la brave bête a voulu imiter sa maîtresse, ah ah ah ! »

              Je suis un accueil et un refuge, pour les nouveaux comme les anciens. J'accueille les jeunes et les fait travailler. Je leur apprends le calme et la fête, avec moi ils fument, boivent et se racontent. Ils écoutent les marronniers pousser et apprennent à lancer des bogues sur les indésirables. Ils aiment ce qui grandit. Ils sentent leurs propres désirs et apprennent comment les satisfaire. Ils essayent. Rencontrent. Ils endurent le poids des souvenirs et les oublie dans la joie et le délire, dans la fumée et la musique, dans l'alcool et les compagnons/compagnes d'un soir.
Mon cimetière est marqué du sceau de l'Hospitalité, et jamais jusqu'ici les règles n'ont été enfreintes.



              Nous sommes en 2009, j'ai 35 ans et j'ai tué Rupert Murdoch. J'ai enterré sa triste dépouille près de ma cabane, pour le souvenir. Pour qu'il serve d'exemple aux jeunes. Je suis David Melchior le Green Digger, et je sers le printemps. Je cache ce que vous voulez, pour rien ou pour un bon prix. Parfois, je fais même réapparaître ce qui était caché.

              Tant que la fête éternelle durera !
Par Altrast - Publié dans : Jeux d'histoires - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Vendredi 27 février 2009 5 27 /02 /Fév /2009 09:56
Oh, si, j’ai peur…
Parce que c’est bon d’avoir peur.
Parce qu’on se sent vivant quand on a peur,
parce que c’est quand on a peur qu’on ne veut pas cesser de vivre.
Parce que quand on a peur, on doute.
Parce que quand on a peur, on lutte.
Mais pas toujours dans le bon sens.

Oui, j’ai peur. Alors j’écoute. Je parle. Je lis. Je raconte. Je partage, j’offre, je prête ces petits bouts de trucs qui finissent, un peu, par devenir moi. Un nid de coucous sur un arbre. Un botaniste dans un labyrinthe d’objets vivants. Une fae qui pleure un humain qui regarde la télé. Un détective amusant. Des chasseurs de fantômes et des shamans indiens. Des grands anciens et des petites perles. Des magiciens (in)compétents. Des trucs.

C’est un rôle. Qu’on choisit, et qu’on ne nous donne jamais. Qui est futile jusqu’au moment où il devient vital (au moins pour nous). Celui du barde, du scalde, du conteur, qui narre la réalité autant telle qu’elle est que comme elle n’est plus ou ne sera que si… Le funambule inutile de son propre imaginaire… Mais qui partage et qui offre, pas pour transformer, juste pour le plaisir de faire vivre une histoire ou de la construire avec toi.

Collecter des petits moments de surréalité.















Ecrit en réaction à http://www.pomofrag.org/?p=505 et aux commentaires.
Par Altrast - Publié dans : Initiation - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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